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Words 14403
Pages 58
Les guides du CEPRI

L’ACB (analyse coût/bénéfice) : une aide à la décision au service de la gestion des inondations
Guide à l’usage des maîtres d’ouvrage et de leurs partenaires
Novembre 2011

réseau

PAPI

Les collectivités en Europe pour la prévention du risque d’inondation

Éditorial

au risque se retrouve un jour ou l’autre confronté et parfois démuni face à ces questions. Les arguments qui concourent à la prise de décision sont nombreux et, bien souvent, ne convergent pas vers une unique solution. Rarement le souci de l’analyse des bénéfices économiques réels des projets potentiels se retrouve au cœur de la prise de décision. Cela est particulièrement vrai lorsque la réflexion se fait dans l’urgence, suite à une catastrophe et sous la pression compréhensible des sinistrés. Comment en effet introduire des considérations strictement économiques dans les prises de décision lorsque des populations ont été meurtries par des inondations ? Depuis la création du CEPRI en décembre 2006, j’ai souhaité inscrire cette question dans nos priorités car j’ai pu mesurer que des prises de décision hâtives, fondées sur des critères encore trop souvent exclusivement hydrauliques, ne garantissent pas le choix des projets les plus efficaces en termes de prévention et les moins lourds financièrement pour notre société. Depuis quatre ans, le travail du CEPRI a montré que les analyses coût/bénéfice nous aident dans ce sens et éclairent nos décisions, sans pour autant devenir un “couperet” qui assujettirait l’octroi des financements publics au seul critère de rentabilité économique. Il a montré qu’une part importante des bénéfices que l’on peut attendre d’une politique de gestion des inondations ne sont pas d’ordre économique (amélioration de la sécurité des personnes, réduction des impacts sur l’environnement et sur le patrimoine culturel, etc.). Du travail conduit sur le terrain avec plusieurs de nos membres volontaires, il ressort que l’analyse coût/ bénéfice doit être utilisée avec précaution mais que son utilisation permet d’éclairer d’un jour nouveau les décisions prises en matière de gestion du risque d’inondation. À l’heure où des incertitudes pèsent sur le budget de nos collectivités territoriales, qui financent les deux tiers des politiques de gestion des inondations, le recours à l’analyse coût/bénéfice ne peut que nous aider à rendre plus optimale l’allocation de nos ressources relatives à la gestion du risque. La directive inondation nous y invite. L’État en fait une condition de mobilisation de ses financements. Les collectivités devront également s’y intéresser. C’est pourquoi j’ai voulu faire ce nouveau guide du CEPRI. Il a vocation à accompagner les acteurs locaux porteurs de projet à se familiariser avec la méthode d’analyse coût/bénéfice validée par le MEDDTL et à tirer partie de tous les apports que cette méthode d’analyse économique est susceptible de générer pour nourrir le débat et la concertation locale précédant la prise de décision.

S

ur quelles opérations de gestion des inondations la société at-elle intérêt à engager ses forces et ses ressources ? Et qu’a-telle réellement à y gagner ? Chaque acteur local gestionnaire d’un territoire exposé

Éric Doligé Président du CEPRI Président du Conseil général du Loiret Sénateur

L ’analyse coût/bénéfice / 3

Avant-propos
L’ACB : un outil devenu indispensable
Les analyses économiques du risque d’inondation sont restées relativement peu nombreuses en France jusqu’à ces dernières années. Le manque de méthodologies, de données facilement accessibles, le tout en lien avec une absence d’obligation réglementaire, a pu en être partiellement la cause et freiner le développement d’une culture de l’évaluation et la constitution d’un savoir-faire français en la matière tandis que nos voisins européens (le Royaume-Uni, la Suisse, l’Allemagne notamment) prenaient vigoureusement cette voie. Cependant, la nécessité d’éclairer les décisions, d’asseoir les argumentaires, de mieux connaître la réalité des impacts des inondations et de hiérarchiser l’action en matière de gestion du risque d’inondation a, dans un contexte de resserrement budgétaire généralisé, mis en lumière la nécessité de recourir davantage aux approches économiques et en particulier aux analyses coût/bénéfice (ACB). Celles-ci sont désormais de plus en plus incontournables pour prétendre à l’octroi de subventions de l’État ou de l’Europe (FEDER). C’est en particulier le cas des projets PAPI (Programme d’action de prévention des inondations) qui doivent répondre au cahier des charges de février 2011 pour les mesures dites structurelles c’est-à-dire qui ont un impact sur l’aléa. Ainsi, “les projets candidats à la labellisation PAPI devront nécessairement procéder à l’analyse des coûts du programme au regard de ses bénéfices attendus et fournir les résultats de cette analyse. Pour les actions d’investissement importantes (25 % du montant total du programme ou montant global des travaux ou aménagement supérieur à 2 M€), des analyses coût bénéfice sont à réaliser.” Le Ministère en charge du Développement durable (MEDDTL) entend induire une évolution notable de la manière de concevoir et de justifier des mesures de réduction du risque. Le MEDDTL, soutenant l’initiative du CEPRI, a souhaité préparer au mieux cette évolution en mettant à disposition des porteurs de projet et de leurs partenaires une série d’outils et un dispositif d’accompagnement.

Des outils mis à disposition
• Un cahier des charges type d’ACB a été élaboré par le MEDDTL. S’appuyant sur la méthode type (voir paragraphe suivant), celui-ci reprend sous une forme condensée les pré-requis incontournables que devront comporter les analyses coût/bénéfice réalisées dans le cadre de l’obtention de la labellisation PAPI. Ce cahier des charges a été produit en vue de faciliter le travail des futurs porteurs de projet PAPI dans la préparation des appels d’offres d’ACB. Il est disponible dans l’annexe n° 4 du cahier des charges de l’appel à projet PAPI (voir les pages 24 à 27 de celui-ci). • Une méthode type d’ACB (également appelée “annexes techniques”), conforme au cahier des charges, est disponible. Elle fait suite à la réalisation d’un état des lieux des pratiques existantes françaises et européennes engagé à partir de 2007, ceci pour les besoins de l’appel à projet des PAPI labellisés. Cette méthode standardisée est une synthèse des outils jugés les plus adaptés parmi les pratiques existantes. Le document, dont le contenu est technique, est à destination principale des bureaux d’études ou des collectivités territoriales ayant la charge de réaliser une ACB sur des projets d’aménagements hydrauliques et des services de l’État ayant à les étudier. L’utilisation de cette méthode est recommandée mais n’est pas strictement obligatoire dans le cadre de la labellisation PAPI. • Un guide à l’usage des maîtres d’ouvrage et de leurs partenaires, objet du présent document, a été élaboré par le CEPRI et le Ministère. Il doit permettre de faciliter l’appropriation des démarches d’ACB par les acteurs locaux, leur compréhension et les interprétations que l’on peut en faire. Il vise ainsi à faire de l’ACB un réel outil d’information réciproque, de discussion et de débat local favorisant la structuration de stratégies pertinentes de gestion du risque d’inondation. Il s’adresse ainsi spécifiquement aux porteurs de projet et à leurs partenaires financeurs. Ces documents sont disponibles sur les sites Internet du CEPRI et du MEDDTL.

Un réseau d’échange pour progresser ensemble
Le MEDDTL et ses partenaires animent un réseau d’échange d’expériences d’ACB à destination des collectivités territoriales et des services de l’État concernés par ce type de démarche. Concrètement, ce réseau d’échange prend différentes formes : journées d’information et journées de formation destinées aux services de l’État et aux maîtres d’ouvrage, FAQ sur un site Internet dédié, mise à disposition de rapports d’utilisation de la méthode ACB sur des sites pilotes, etc. À noter : la DREAL Rhône-Alpes a procédé à un travail semblable en 2010 en mettant à disposition des porteurs de projet, une série d’outils : un “kit” d’ACB comportant un guide d’accompagnement présentant notamment la méthodologie, une base de données des biens exposés au risque d’inondation et un catalogue de fonctions de dommage.

4/L ’analyse coût/bénéfice

Sommaire
AVANT-PROPOS 4

I. L’ACB : UNE MÉTHODE D’ANALYSE ÉCONOMIQUE
, Qu’entend-on par ACB appliquée à la gestion des inondations ? , À quoi sert l’ACB ? , La méthode en bref
Cinq grands principes régissent l’ACB Les grandes étapes de l’ACB

6
6 6 9
9 10

, L’ACB en pratique
Conduire une démarche d’ACB La démarche d’ACB et la procédure PAPI Quel est le coût d’une ACB ?

22
22 23 24

II. L’ACB : AU-DELÀ DU RÉSULTAT, UNE DÉMARCHE PARTENARIALE LOCALE CONSTRUCTIVE 25
, Les préalables d’une démarche d’ACB
À quel moment initier une démarche d’ACB ? Pour quel type de mesures de gestion du risque ? Quels partenaires mobiliser ? Attacher une grande importance à la rédaction du cahier des charges de l’étude technique Quelles possibilités de financements ?

25
25 26 27 27 28

, L’interprétation des résultats, les discussions et la conception d’une stratégie pertinente de gestion du risque d’inondation 29
Les limites de l’ACB Comment interpréter une ACB ? Des discussions bénéfiques pour l’élaboration de stratégies pertinentes de gestion du risque Vers une analyse multicritère 29 30 32 33

BIBLIOGRAPHIE ANNEXES LEXIQUE REMERCIEMENTS

34 35 37 39

réseau

PAPI

Tout ce qui se rapporte à la labellisation PAPI est identifié par ce logo.

L ’analyse coût/bénéfice / 5

I. L’ACB : une méthode d’analyse économique
, Qu’entend-on par ACB appliquée à la gestion des inondations ?
Des mesures de réduction du risque d’inondation sont prises par les autorités publiques afin d’éviter un certain nombre de conséquences négatives lorsqu’un évènement d’inondation survient. Chacune de ces mesures, en réduisant ou éliminant des dommages potentiels, est donc susceptible de générer des bénéfices pour la société dans son ensemble. Ceux-ci s’expriment en termes de “dommages évités” sur le territoire bénéficiant de la mesure. Ces mesures de réduction du risque ne sont pas, dans la plupart des cas, sans coût financier : coût d’étude, d’investissement, de maintenance... qui s’échelonnent parfois sur de longues périodes. L’analyse, qui consiste à comparer dans la durée les bénéfices générés par une mesure de réduction du risque et son coût de mise en œuvre, apporte un éclairage important sur sa pertinence économique. C’est ce que propose l’ACB qui permet de mesurer, sur la durée, l’écart entre les bénéfices attendus de la mesure et les coûts de sa mise en œuvre.

Bénéfice
Dommages “évités” grâce à la mesure

Coût
Coûts initiaux : foncier, études, travaux… Coûts étalés : maintenance, exploitation…

, À quoi sert l’ACB ?
Une évaluation de la pertinence économique de mesures de gestion du risque
D’une manière générale, l’ACB appliquée à la prévention des inondations se veut évaluer l’intérêt économique des mesures de réduction du risque d’inondation. Le maître d’ouvrage peut souhaiter bénéficier d’un éclairage économique sur une mesure en particulier ou bien effectuer une analyse comparative entre plusieurs mesures ou entre les variantes d’une même mesure. L’évaluation peut se faire à deux moments différents : ex ante (avant) et ex post (après). Une ACB ex post cherchera à évaluer des mesures de prévention déjà mises en œuvre. Tandis qu’une ACB ex ante permettra de simuler la mise en œuvre de projets futurs et de mesurer leur intérêt économique. Dans le cas particulier de la labellisation des PAPI, l’ACB est exigée ex ante.

6/L ’analyse coût/bénéfice

Concrètement : quelles sont les mesures de prévention du risque inondation où l’application de l’ACB est, à ce jour, possible ? Il est difficile en l’état des connaissances et savoir-faire actuels d’orienter les maîtres d’ouvrage vers des méthodologies rigoureuses d’ACB qui traiteraient de l’évaluation de mesures autres que structurelles. La volonté des pouvoirs publics a été de prioriser l’élaboration d‘un outil méthodologique d’évaluation en faveur des mesures structurelles, c’est-à-dire celles conduisant à des modifications des caractéristiques de l’aléa sur un territoire. Cet outil appelé “méthode type d’ACB” est ainsi applicable à l’ensemble du territoire français.

Une aide à la décision publique
L’ACB permet de : Mieux connaître l’exposition de son territoire au risque, la diversité et l’ampleur des conséquences dommageables des inondations potentielles : l’ACB nécessite une identification préalable des biens et des personnes exposés au risque d’inondation et une évaluation des dommages potentiels pour différents scénarios d’inondation, évaluation riche d’enseignements pour tous. Alimenter la concertation : l’ACB apporte des données socio-économiques dans le concert des arguments favorables ou défavorables à la mise en œuvre d’une mesure de gestion du risque d’inondation, ce qui ne peut que nourrir le débat et enrichir la concertation autour du projet. Éclairer les décisions politiques, asseoir et promouvoir les choix faits : l’ACB produit un éclairage essentiel qui permet de mieux argumenter et de rendre plus transparentes les décisions retenues. Ces données d’évaluation économique peuvent servir directement le discours politique pour promouvoir la réalisation des projets auprès des financeurs et/ou de la population. Elles deviennent alors des arguments de communication.

Quel type d’ouvrage mettre en place, avec quel niveau de protection ?

Que faire face au risque d’inondation ?

Organiser la délocalisation des habitations les plus exposées ?

Adapter les logements en zone inondable ?

Combien de dommages pourraient être évités ?

Mais combien cela va-t-il coûter ?

D’autres solutions sont-elles aussi efficaces et moins coûteuses ? Réduire la vulnérabilité des entreprises et des services publics en zone inondable

Quels sont les bénéficiaires de la mesure ?

Renforcer le système d’alerte ?

L ’analyse coût/bénéfice / 7

Aider à la construction d’une stratégie de gestion du risque d’inondation : l’ACB offre la possibilité de comparer entre elles plusieurs mesures de gestion du risque d’inondation et de leur affecter des priorités, ceci au regard des enjeux épargnés, des dommages évités et de leur pertinence économique respective. Elle permet de poser les bases d’une stratégie de gestion des inondations sur le long terme. Cette approche est donc très utile dans la conception des PAPI et des futures stratégies locales qui s’appliqueront sur les “territoires à risque important” à partir de 2015, en application de la directive Inondation.

Un outil de plus en plus incontournable
La directive 2007/60/CE relative à l’évaluation et à la gestion des risques d’inondation, dite directive Inondation, recommande de tenir compte “d’aspects pertinents tels que les coûts et avantages”, dans les plans de gestion (article 7). Cette orientation se traduit aujourd’hui concrètement, en France, dans le cadre de l’appel à projet “Programme d’action de prévention des risques liés aux inondations” (PAPI) de février 2011 et du Plan de submersions rapides (PSR).

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PAPI

Le nouveau dispositif PAPI s’appuie sur un processus de labellisation au fil de l’eau des programmes. Un des critères retenus pour la labellisation est l’analyse coût/bénéfice des mesures. Ainsi, “les projets candidats à la labellisation PAPI devront nécessairement procéder à l’analyse des coûts du programme au regard de ses bénéfices attendus et fournir les résultats de cette analyse. Pour les actions d’investissement importantes (25 % du montant total du programme ou montant global des travaux ou aménagement supérieur à 2 M€), des analyses coût/bénéfice sont à réaliser.”1 De ce fait, dans ce cadre précis, la mise en œuvre d’une ACB, d’une certaine manière et quels que soient ses résultats, conditionne le financement de l’État.

Le Plan de submersions rapides, élaboré en réponse aux drames successifs de l’hiver (tempête Xynthia) et du printemps 2010 (inondations en Dracénie) et rendu public le 17 février 2011, prévoit également pour la réalisation des nouveaux ouvrages de protection, ou l’augmentation de leur niveau de protection, l’obligation de recourir à des ACB. Enfin, l’octroi de financements issus du Fonds européen de développement régional (FEDER), pour les projets dont le coût excède les 25 M€, est conditionné par la mise en œuvre “d’une analyse coûts-avantages comprenant une analyse […] de l’incidence prévisible du projet sur le secteur concerné” (règlement CE n° 1083/2006 et le règlement CE n° 1828/2006).

, La méthode en bref
Cette partie se veut être une transposition claire et accessible destinée aux maîtres d’ouvrage et à leurs partenaires, des travaux mis en œuvre par le MEDDTL, le CEPRI, le CEMAGREF, le CGDD2 et le CETE3 Méditerranée, sur l’élaboration de la méthode type d’ACB dont le document produit est adapté à un public de spécialistes. Dans un premier temps, elle pose les principes-clés qui encadrent la réalisation de toute ACB, puis a pour objectif d’apporter une information structurée sur les principales étapes de son élaboration.

1. Cahier des charges des Programmes d’action de prévention des inondations (PAPI), MEDDTL. Ce document est disponible sur le site Internet du ministère du développement Durable à l’adresse suivante : http://www.developpement-durable.gouv.fr/Les-programmesd-actions-de.html 2. Commissariat général du développement durable. 3. Centre d’étude technique de l’équipement.

8/L ’analyse coût/bénéfice

Cinq grands principes régissent l’ACB
L’euro comme outil de comparaison L’ACB consiste à évaluer l’écart entre le coût d’une mesure et les bénéfices qu’elle est susceptible de générer. Une unité de valeur commune est donc nécessaire. Cette unité est l’euro. En conséquence, l’ACB ne fournit d’indications de pertinence économique qu’à partir de données évaluables monétairement. Ainsi, elle ne tient pas compte des coûts et des bénéfices éventuels de la mesure qui ne seraient pas estimables en ces termes (limitation des pertes humaines, réduction des dommages sur l’environnement, le patrimoine, etc.). La comparaison de deux situations : avec et sans mesure Le bénéfice d’une mesure correspond aux dommages que celle-ci, par sa mise en œuvre, est susceptible d’éviter. L’évaluation de ce bénéfice nécessite donc de considérer deux situations : un état initial (sans mesure) et un état projeté (avec la mesure mise en œuvre). Au final, le bénéfice de la mesure est la différence entre les dommages potentiels subis par le territoire dans l’état projeté et ceux subis dans l’état initial.

État initial Dommages sans mesure E

-

État projeté Dommages avec mesure E

=

Bénéfice = dommages évités E

Des crues multiples à considérer La comparaison coût/bénéfice n’a de sens que si toutes les situations possibles d’inondation sont considérées. En effet, il ne faut pas prendre en compte uniquement la crue pour laquelle la mesure est dimensionnée mais également le cas des crues plus fréquentes (où la mesure sera surdimensionnée) ou plus rares (où la mesure sera sous-dimensionnée). Ainsi, un modèle hydraulique présentant un panel de crues et d’inondations d’occurrences différentes (au moins 3) et simulant les effets de la mesure pour chacune d’elles est nécessaire. Une évaluation dans la durée Une mesure a (en général) vocation à avoir des effets dans le temps. Les bénéfices que l’on peut en attendre s’étalent alors sur plusieurs années ou décennies. Il en est de même pour les coûts des mesures (entretien, maintenance…). L’ACB prend en considération cet échelonnement des coûts et des bénéfices. Leur évaluation se réalise sur une durée strictement définie. Cette durée détermine “l’horizon temporel” de l’analyse économique. Ce principe implique de procéder à une actualisation de la valeur des coûts et des bénéfices parce qu’un euro d’aujourd’hui n’a pas la même valeur monétaire qu’un euro dans dix ans. Cette opération d’actualisation consiste à ramener l’ensemble des coûts et des bénéfices qui se produisent à des dates différentes à une même année de référence.

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Une hypothèse de base : un “territoire figé” Pour terminer, il est important de noter une des hypothèses fortes de l’ACB : le territoire est considéré comme figé, c’est-à-dire que les enjeux exposés au risque n’évoluent pas au cours du temps. C’est évidemment une hypothèse théorique de travail, qui peut se discuter lorsque l’on considère le territoire sur plusieurs décennies. Néanmoins, cette hypothèse est tout à fait fondamentale à préserver pour éviter toutes dérives d’interprétation. Ainsi, les bénéfices tirés d’un aménagement sont calculés à enjeux constants, l’installation éventuelle d’une nouvelle entreprise ou d’un nouvel équipement public ne doit pas être simulée sauf lorsque des projets d’aménagement du territoire sont d’ores et déjà décidés et vont être mis en œuvre (voir page 29).

Les grandes étapes de l’ACB

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PAPI

À destination des candidats à la labellisation des PAPI Les exigences contenues dans l’annexe 4 du cahier des charges PAPI prévalent sur toute autre recommandation pouvant être faite au sein de la documentation existante.

1 > Définition concertée du périmètre d’analyse 2 > Détermination de l’exposition du territoire au risque 3 > Evaluation des bénéfices 4 > Evaluation des coûts des mesures 5 > Calcul des indicateurs synthétiques de l’ACB 6 > Analyse de la sensibilité

L’ACB peut se décomposer en six étapes de manière chronologique 4.

4 - La chronologie des étapes proposées est légèrement différente de celle de la Méthode type : un tableau de correspondance est présenté dans l’annexe 1, page 35.

10 / L ’analyse coût/bénéfice

, Définition concertée du périmètre d’analyse
Cette première étape est indispensable et stratégique car elle influe largement sur la portée et les limites de l’ACB entreprise. Pour quelle raison ? Définir le périmètre de l’analyse n’a pas pour seul but de déterminer l’emprise géographique de l’impact de la mesure envisagée. Cette étape a également pour objectif de poser les bases de ce que l’on veut ou peut intégrer dans l’ACB. C’est à tous ces titres qu’il convient dès le départ d’associer les acteurs concernés sur le territoire. L’objectif de cette étape est de préciser : • la(les) mesure(s) à évaluer ; • les scénarios d’inondation retenus ; • la nature des enjeux à considérer : logements, activités économiques, équipementS publics, réseaux… Que prendre en compte au final ? ; • les types d’impacts à considérer (dommages directs, indirects, etc.) ? Comment évalue-t-on les dommages ? Quelles fonctions de dommage utiliser ? ; • la durée (ou horizon temporel) sur laquelle les coûts et les bénéfices de la mesure seront considérés ; • le périmètre géographique sur lequel la mesure a un impact positif ou négatif.

r À note
L’importance de s’interroger dès le départ sur les “fonctions de dommage ou d’endommagement” à appliquer sur son territoire Dans une ACB, l’évaluation des dommages nécessite l’application de “fonctions de dommage ou d’endommagement” (pour plus d’informations, veuillez consulter le lexique). Il s’agit de fonctions définies pour chaque enjeu qui associent à des caractéristiques d’aléa un montant de dommage et/ou un coefficient d’endommagement. Les fonctions de dommage ou d’endommagement sont d’une grande diversité. Leur application nécessite en préalable de recueillir certaines caractéristiques étant associées respectivement à chaque enjeu (exemple : présence d’un sous-sol pour les habitats, nature des productions agricoles, etc.). Définir, dès cette première étape, les fonctions à utiliser dans l’analyse est essentiel pour élaborer l’étape suivante sur la détermination de l’exposition du territoire au risque.

, Détermination de l’exposition du territoire au risque
La seconde étape de l’ACB a pour objectif de déterminer l’exposition du territoire face au risque d’inondation. Elle consiste à croiser des simulations d’inondation avec des données d’occupation du sol. Elle est en elle-même une étape très précieuse en termes d’enseignements. Ce travail est commun avec le diagnostic partagé du territoire demandé dans le cahier des charges PAPI.

Description de l’aléa Pour mener à bien une ACB, il est nécessaire de modéliser un ensemble de crues représentatives, des plus fréquentes aux plus rares, de manière à tenir compte des effets envisageables de la mesure dans diverses conditions d’inondation. Ces crues doivent être modélisées selon deux situations : en état initial, c’està-dire sans la(les) mesure(s) que l’on veut évaluer, et en état projeté, prenant en compte les effets de la mesure.

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PAPI

Les scénarios d’inondation considérés dans les documents de référence Le cahier des charges PAPI exige la prise en compte de trois scénarios d’inondation a minima d’occurrence : • fréquente (d’une période de retour bien inférieure à cent ans) ; • moyenne (d’une période de retour supérieure ou égale à cent ans) ; • faible (ou crue extrême). La Méthode type recommande en plus de considérer la crue ou le scénario d’évènement engendrant les premiers dommages et éventuellement deux scénarios supplémentaires mettant en valeur les effets de seuil des mesures : scénarios de début et de fin d’impact de la mesure.

En fonction de la façon dont seront évalués les dommages, certaines caractéristiques de l’aléa peuvent être absolument nécessaires : • l’enveloppe d’inondation qui est dans tous les cas obligatoire ; • la hauteur de submersion ; • la vitesse d’écoulement ; • la durée de la submersion ; • les périodes privilégiées de survenue des crues… Un modèle hydraulique est dans tous les cas indispensable et nécessite en général de faire appel à un bureau d’études spécialisé. Attention à ce que toutes les caractéristiques exigées pour l’application des fonctions de dommage soient livrées dans les études hydrauliques et soient aisément exploitables pour la suite de la démarche.

Recensement des enjeux Une étude fine doit être réalisée pour les localiser géographiquement dans et aux limites de la zone inondable maximale. La démarche consiste concrètement à réaliser un recueil puis un examen des données déjà disponibles, en parallèle de repérages sur le terrain, afin de conforter la connaissance du territoire exposé. Le recensement des enjeux s’appuie sur des sources que le maître d’ouvrage peut déjà posséder en interne ou recueillir via les ressources de l’Internet. L’accès à certaines données peut être gratuit ; dans ce cas, cependant, veiller à vérifier les conditions d’utilisation et à faire figurer les sources. Quelques pistes de ressources possibles avec le type d’enjeu sont renseignées dans un tableau placé en annexe de ce guide.

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PAPI

Le cahier des charges PAPI demande que soient étudiées a minima quatre catégories d’enjeux : • logement ; • activités agricoles ; • activités économiques (hors agriculture) ; • équipements publics (dont les établissements publics).

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r À note
Les caractéristiques d’enjeux à recueillir La Méthode type recommande des fonctions de dommages où il est nécessaire de recueillir ces données : • pour les logements : déterminer s’ils comportent un sous-sol ; • pour les entreprises : identifier le type d’activité et l’effectif salarié de chacune d’elles ; • pour les activités agricoles : déterminer la surface des terres agricoles et la nature des productions associées ; • pour les établissements publics : déterminer la surface au sol exposée ; • pour l’ensemble des enjeux : déterminer leur niveau de surélévation éventuel par rapport au terrain naturel.

Croisement de l’aléa et des enjeux L’objectif final de cette étape est de pouvoir mettre en évidence le niveau d’exposition des différents enjeux présents sur le territoire pour les situations considérées : pour chaque période de retour de crue et pour chaque état (initial et projeté). Elle permet d’apprécier leur situation vis-à-vis des paramètres hydrauliques (hauteur d’eau en particulier).

L’emploi d’un Système d’information géographique (SIG) trouve tout son sens dans cette opération. On effectue des croisements entre les scénarios d’inondation, avec ou sans mesure, avec les enjeux recensés dans la zone d’inondation maximale, ceci pour chacune des périodes de retour de crues considérées.

L ’analyse coût/bénéfice / 13

Il peut se révéler intéressant de présenter les données en complément de tableaux de synthèse, à travers des graphes et des documents cartographiques. Le graphe présenté ci-dessous montre l’exposition de trois catégories d’enjeux pour plusieurs périodes de retour de crue et selon que l’on est dans une situation avec ou sans mesure. On constate que les logements sont les enjeux les plus touchés en quantité. On observe aussi, et pour tous, une réduction de leur exposition avec la mise en œuvre de la mesure (graphe issu des travaux sur un site pilote du CEPRI).

Type et nombre d’enjeux exposés dans une situation sans ou avec mesure (et pour trois périodes de retour de crue)

200

Logements exposés sans mesure avec mesure Entreprises exposées entreprises sans mesure entreprises avec mesure Établissements publics exposés sans mesure avec mesure

150
Nombre d’enjeux

100

50

0 crue centennale crue cinquantennale crue décennale

, Évaluation des bénéfices des mesures
Rappel : le bénéfice de la mesure est la différence entre les dommages potentiels subis par le territoire dans l’état projeté et ceux subis dans l’état initial. Pour cette étape, il est nécessaire dans un premier temps d’évaluer les dommages, avec et sans mesure, avant de pouvoir mettre en valeur ensuite les bénéfices de la mesure.

Les impacts d’une inondation : ce que l’ACB a pour objectif d’évaluer Il est nécessaire de traduire l’impact d’une crue en termes monétaires (par exemple, estimer l’impact physique de l’eau dans une maison ou dans une entreprise en euros), on appellera la traduction monétaire d’un impact négatif un dommage. Plusieurs types de dommages doivent être évalués. Certains sont difficiles à prendre en compte d’un point de vue méthodologique en raison d’un manque de méthodes opérationnelles et de données. C’est pourquoi, souvent seule, une partie des dommages est évaluée monétairement.

14 / L ’analyse coût/bénéfice

Les dommages peuvent être : • les dommages tangibles correspondent à des effets pouvant faire l’objet d’une évaluation monétaire ; cela peut être des pertes et des dégradations (sur des biens mobiliers et également immobiliers, sur du matériel et des stocks), des pertes d’exploitations, des pertes d’emploi, etc. • les dommages intangibles sont difficiles à évaluer dans le cadre d’une analyse économique. Ils peuvent faire l’objet d’une démarche d’Analyse multicritère (AMC) qui permet la prise en compte de ces dommages non monétaires. Ils peuvent être d’ordre psychologique (fragilisation psychologique…), social (précarisation…), environnemental (pollution par des hydrocarbures…), patrimonial (dégradation de biens culturels).Parmi les dommages tangibles et intangibles, certains sont qualifiés de directs ou d’indirects : • Les dommages directs correspondent à des désordres imputables à l’impact physique des inondations ; • Les dommages indirects regroupent les effets induits par l’inondation et/ou par la dégradation des biens et des stocks (pertes d’exploitation liées à la fermeture de l’entreprise, surcoûts d’une délocalisation ou d’un relogement temporaire, etc.).

r À note
Des fonctions de dommages sont recommandées dans la Méthode type. • Pour le logement : les courbes issues de la thèse de J. P Torterotot, élaborées à partir d’enquêtes. . • Pour les entreprises : les courbes utilisées dans l’étude Loire Moyenne, réalisées à partir de dires d’experts et de données nationales INSEE. • Pour les exploitations agricoles : les courbes AScA utilisées dans le cadre de l’étude globale du Rhône (construites à partir de dires d’experts) ou les courbes issues des travaux de J. P Torterotot. . • Pour les établissements publics : un endommagement surfacique forfaitaire est préconisé : 100 €/m2. Celles-ci sont données dans la Méthode type.

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PAPI

Les types de dommages considérés dans les documents de référence Le cahier des charges PAPI exige de prendre en compte a minima les dommages directs dont les coûts peuvent être facilement monétarisables (tangibles), ceci pour chacune des catégories d’enjeux demandés. La Méthode type donne des éléments de recommandation seulement pour les dommages tangibles et pour la plupart des enjeux étudiés dans la méthode, seuls les dommages directs sont considérés.

L ’analyse coût/bénéfice / 15

Une évaluation des dommages à travers l’utilisation de “fonctions de dommage” Il existe une certaine diversité de fonctions de dommage en France qui ne présentent pas toutes les mêmes qualités de fiabilité et de robustesse. La Méthode type du Ministère en préconise certaines. Le cahier des charges PAPI n’impose rien de ce point de vue.

Dommages en euros

Courbe pour un enjeu donné

La “fonction de dommage” présentée ci-contre pour un enjeu donné fournit le montant des dommages en fonction de la hauteur d’eau.
Hauteur de submersion

L’application des fonctions de dommage Les dommages sont évalués pour plusieurs périodes de retour de crues et au moins selon deux situations distinctes : • une situation sans mesure, c’est-à-dire en état initial ; • une situation avec les effets de la mesure en question, c’est-à-dire en état projeté. L’objet est d’évaluer par la suite les bénéfices de la mesure qui, rappelons-le, correspondent aux dommages que celle-ci permet d’éviter et qui sont représentés ici par les cylindres verts.

Situation sans mesure (état initial) Périodes de retour de crue différenciées T1 T2 T3

Situation avec mesure (état projeté) Périodes de retour de crue différenciées T1 T2 T3

Recensement des enjeux exposés Mobilisation des courbes de dommages

Recensement des enjeux exposés Mobilisation des courbes de dommages

Dom T1

Dom T2

Dom T3

Dom T1

Dom T2

Dom T3

16 / L ’analyse coût/bénéfice

De manière très simplifiée, calculer le bénéfice d’une mesure revient à faire une soustraction entre les dommages produits sur les enjeux en l’absence de mesure et les dommages éventuellement subsistants en présence de celle-ci.

Le graphique ci-dessous montre des résultats obtenus en termes de dommages monétarisés par enjeu exposé préalablement identifiés (se reporter à l’étape précédente). Il apparaît nettement ici, sur la base des fonctions de dommage appliquées, une prévalence en termes de poids économique de l’enjeu “entreprise”. Également, la mesure évaluée semble assez efficace en crue décennale et beaucoup moins en crue cinquentenale et en crue centennale (site pilote CEPRI).

Dommages produits par enjeu dans une situation sans ou avec mesure (et pour trois périodes de retour de crue)

15 000 000 12 000 000
Dommages en euros 2008

Logements exposés sans mesure avec mesure Entreprises exposées entreprises sans mesure entreprises avec mesure Établissements publics exposés sans mesure avec mesure

9 000 000 6 000 000 3 000 000 0 crue centennale crue cinquantennale

crue décennale

L ’analyse coût/bénéfice / 17

Le Dommage moyen annuel (DMA) Le calcul des bénéfices de l’aménagement n’est pas un calcul aussi simple en réalité que celui présenté plus haut. Il doit en effet passer par une opération intermédiaire visant à calculer un dommage moyen annuel (DMA) subi par le territoire dans chacune des deux situations : avec et sans mesure. Pourquoi cette opération intermédiaire ? Le DMA intègre pour chaque type de crue (de période de retour différente) les dommages qui lui sont associés en les pondérant par la fréquence de la crue. Il prend en compte la situation pour laquelle la mesure a été dimensionnée mais également les situations où les crues seraient plus faibles (donc où la mesure serait efficace mais surdimensionnée) et où les crues seraient plus importantes (avec, alors, une mesure moins efficace, voire inefficace). Le DMA considère donc les dommages engendrés par toutes les périodes de retour de crue. Il exprime ce que coûte en moyenne par an l’ensemble des crues possibles sur le territoire. Le DMA représente également ce qu’il conviendrait de provisionner annuellement, de manière collective, pour couvrir les dommages monétaires sur une durée d’analyse considérée. Pour plus d’informations sur la manière de calculer le DMA, se reporter à la Méthode type.

Ainsi, le bénéfice de l’aménagement est le “dommage évité moyen annuel” (DEMA) qui n’est autre que la soustraction du “DMA avec mesure” au “DMA sans mesure”.

, Évaluation des coûts de la mesure analysée
L’ACB compare les bénéfices d’une mesure à ses coûts de mise en œuvre. Ces coûts doivent donc être identifiés et quantifiés. Recommandations de la méthode type sur les coûts à prendre en compte Doivent être pris en compte les coûts suivants : • coûts initiaux : ces coûts rassemblent l’ensemble des dépenses engagées par le maître d’ouvrage public depuis la conception du projet jusqu’à la réalisation et la mise en service de l’aménagement. Ils comprennent les coûts du foncier (acquisition, indemnisation, démolition, dépollution, viabilisation), les coûts d’études, les coûts d’accompagnement de la mission de maîtrise d’ouvrage (assistance à maîtrise d’ouvrage, maîtrise d’œuvre, contrôles, etc.), les coûts des travaux, les coûts d’équipement ; • coûts qui vont s’étaler au cours du temps : ces coûts rassemblent l’ensemble des coûts différés de l’opération, c’est-à-dire toutes les dépenses effectuées après la mise en service du bâtiment/de l’équipement/du dispositif et qui incombent tant au propriétaire qu’aux utilisateurs. Ils comprennent les coûts de maintenance (entretien courant, maintenance préventive, maintenance curative, gros entretien et renouvellement des équipements), les coûts d’exploitation (consommation d’énergie et d’autres fluides, gestion des déchets, dépenses nécessaires au fonctionnement des activités hébergées dans le bâtiment), le coût des travaux liés à des modifications fonctionnelles de l’aménagement, le coût de pilotage de l’ensemble de l’exploitation.

18 / L ’analyse coût/bénéfice

, Calcul des indicateurs synthétiques de l’ACB
L’opération d’actualisation des coûts et des bénéfices Une mesure de réduction du risque a vocation à apporter des bénéfices (c’est-à-dire à limiter les dommages liés aux inondations) sur plusieurs années ou décennies. Cette même mesure génère des coûts de mise en œuvre et des coûts qui vont également s’étaler dans le temps (l’entretien notamment). Ainsi, les bénéfices et l’ensemble des coûts de la mesure doivent pouvoir être comparés sur une durée d’analyse appelée “horizon temporel”, fixée par convention à 50 ans au maximum. Le respect de ce principe est indissociable du maintien de l’hypothèse d’une absence d’évolution des enjeux sur le territoire. Du fait d’une analyse se réalisant sur la durée, la comparaison des coûts et des bénéfices de la mesure doit nécessairement faire l’objet d’une actualisation de leur valeur, c’est-à-dire d’un processus qui consiste à ramener l’ensemble des flux financiers à une année donnée par le biais de l’application d’un taux d’actualisation.

Pour aller plus loin
• L’horizon temporel : “Ce paramètre correspond à la durée sur laquelle sont considérés les flux de coûts et de bénéfices associés à la mesure. Il est parfois désigné à tort par le terme “durée de vie du projet”, celui-ci sous-entendant que c’est la durée de vie de la mesure qui doit être considérée alors que l’horizon temporel dépend également de la fiabilité d’autres paramètres, comme l’occupation du sol.” (Erdlenbruch et al., 2007.) • Le taux d’actualisation public est unique et s’applique de manière uniforme à tous les projets d’investissement publics considérés et à tous les secteurs d’activité. Le taux d’actualisation est de 4 % pendant les trente premières années. Puis, il est décroissant avec le temps pour les évaluations qui portent sur le très long terme (Révision du taux d’actualisation des investissements publics - Rapport du groupe d’experts pour le Commissariat général du plan - janvier 2005).

Le résultat de l’ACB Deux indicateurs synthétiques donnent le résultat de l’ACB : • la valeur actualisée nette (VAN) permet de soustraire les coûts des bénéfices (dommages évités) de la mesure envisagée. Si la VAN est positive, la mesure étudiée, sur le périmètre géographique retenu et selon les enjeux et les dommages pris en compte, est pertinente d’un point de vue économique ; • le rapport bénéfice sur coût actualisé (rapport B/C) permet de rapporter les bénéfices d’une mesure à ses coûts. La mesure est pertinente économiquement si le rapport B/C est supérieur à 1.

Pour aller plus loin
Comment comprendre ces deux indicateurs de l’ACB ? La VAN peut s’interpréter comme la quantité de dommages évités et alors économisés par la société, déduction faite des coûts, grâce aux investissements réalisés. Le rapport B/C peut s’interpréter comme “la quantité de dommages évités pour un euro investi dans le projet”.

L ’analyse coût/bénéfice / 19

, L’analyse de sensibilité
Réaliser une analyse de sensibilité est indissociable de la mise en œuvre d’une ACB. Elle permet de tester la robustesse des résultats de l’étude ACB par rapport aux approximations réalisées lors des différentes modélisations. Il s’agit, à travers elle, d’explorer l’impact des différentes hypothèses et/ou des paramètres sur les produits de l’ACB (les données de sorties : DMA, coûts actualisés, VAN et rapport B/C).

Pour aller plus loin
• Recommandations de la Méthode type pour faire varier les paramètres La modification des données d’entrée peut se faire de la manière suivante : • soit selon la fourchette réaliste de variation du paramètre, • ou à défaut + ou - 10 %. • La Méthode type propose de tester les paramètres suivants (selon qu’ils ont été employés dans les calculs des dommages) : • l’horizon temporel ; • les occurrences de crue ; • la hauteur de premier plancher ; • le coût d’entretien des ouvrages, • le pourcentage d’occupation des rez-de-chaussée, • la proportion d’habitation avec sous-sol, etc.

En effet, le modèle ACB repose lui-même sur un assemblage d’autres modèles (hydraulique, occupation du sol, économique, etc.) alimentés par des données d’entrée de qualité variable. Des hypothèses peuvent être construites pour pallier l’insuffisance de données. Les incertitudes connues et/ou les hypothèses reliées à ces données d’entrée sont utilisées dans le modèle ACB pour permettre d’en tester la sensibilité. Il s’agit ensuite de classer les données d’entrée en fonction de leur capacité à influer sur les résultats finaux. Puis d’approfondir la qualité de celles engendrant une forte variabilité (et de réduire leur incertitude lorsque cela est possible), c’est-à-dire un écart important entre les résultats initiaux et ceux issus de la modification des paramètres et/ou des hypothèses. À terme, le cas échéant, la valeur finalement retenue pour ces données d’entrée doit être explicitée.

L’analyse de sensibilité doit, de manière transparente, mettre en évidence l’impact de l’incertitude des données d’entrée et celui des hypothèses retenues sur la variation les indicateurs synthétiques5.

5. Pour plus d’informations sur ce qu’est une analyse de sensibilité, l’article produit par le CEMAGREF et Agro Paris Tech Engref décrit une analyse de sensibilité développée pour une ACB appliquée à des projets d’atténuation des inondations (revue Ingénieries Eau-AgricultureTerritoire).
20 / L ’analyse coût/bénéfice

Schéma récapitulatif des grandes étapes structurant la démarche

1 - Définition concertée du périmètre d’analyse 2 - Détermination de l’exposition du territoire au risque

Quelle mesure ? Quel périmètre géographique ? Quelle durée d’analyse ? Quelles crues ? Quels enjeux ? Quelles fonctions de dommages ? - Modélisation hydraulique (aléa) - Recueil et traitement des enjeux - Croisement données selon différents scénarios de crues État sans mesure selon différents scénarios de crues État avec mesure selon différents scénarios de crues

Calcul des dommages sans mesure Dommage moyen annuel (DMA)

Calcul des dommages avec mesure Dommage moyen annuel (DMA)

3 - Évaluation des bénéfices
DMA sans mesure

4 - Évaluation des coûts des mesures

- DMA avec mesure
= Dommage évité moyen annuel (DEMA)

Évaluation des coûts initiaux Évaluation des coûts étalés dans le temps

5 - Calcul des indicateurs synthétiques de l’ACB

Actualisation (selon horizon temporel)

Dommage évité moyen annuel (bénéfice) actualisé

Coûts actualisés

Indicateurs synthétiques (VAN et rapport B/C actualisés) Détection des données impliquant une sensibilité importante du modèle (méthode du +/- 10 % et/ou application de fourchettes réalistes de l’incertitude)

6 - Analyse de la sensibilité

Si possible : réduire l’incertitude en améliorant la qualité des données Sinon : justifier tout choix éventuellement pris pour fixer la valeur de ces données Dans tous les cas : description de l’impact de ces données sur la sensibilité du modèle ACB

L ’analyse coût/bénéfice / 21

, L’ACB en pratique
Conduire une démarche d’ACB
1 - Définition concertée du périmètre d’analyse
Il est conseillé de faire appel à un prestataire spécialisé rompu aux analyses économiques pour la mise en œuvre de la démarche d’ACB. Au démarrage d’une ACB, il est important : - de réunir le comité de pilotage qui se sera constitué pour la démarche d’ACB (et/ou dans le cadre d’un PAPI). Celui-ci doit réunir les acteurs locaux impliqués dans le projet ; - d’évoquer collectivement, de manière transparente, ce que l’on souhaite évaluer, de quelle manière envisage-t-on de le faire et également d’effectuer un état des lieux des données disponibles et un bilan des moyens pouvant être mobilisés. La première réunion peut permettre d’aborder les points suivants : - apport d’éléments de compréhension sur ce qu’est une ACB ; - bilan sur les données disponibles. Qui peut fournir quoi ? - choix sur les options de la méthode (un prestataire peut apporter des éléments d’aide à la décision sur ces options) : type d’enjeux, de dommages, fonctions de dommage, etc.

Réunion n° 1 du comité de pilotage Concertation autour du cadrage de l’analyse

2 - Détermination de l’exposition du territoire au risque

Cette réunion est un deuxième temps fort dans la démarche d’ACB puisqu’elle permet de développer la connaissance des acteurs locaux sur l’exposition de leur territoire au risque. Et c’est à travers des données à la fois quantitatives (nombre de logements inondables par exemple) mais aussi qualitatives (nature des équipements exposés : caserne de pompiers, maison de retraite, etc.) qu’une meilleure conscience et prise en compte du risque peuvent se faire.

Réunion n° 2 du comité de pilotage Exposition du territoire

À noter : les données produites peuvent également bénéficier à d’autres outils de gestion du risque ou d’aménagement : plan communal de sauvegarde, plan local d’urbanisme, etc.

3 - Évaluation des bénéfices

4 - Évaluation des coûts

La réunion n° 3 vient conclure la démarche d’ACB. Il est préconisé pour cette réunion de s’entourer, si tel n’est pas déjà le cas, d’un spécialiste indépendant en économie. Celui-ci pourra tenir le rôle de garant d’une interprétation correcte des résultats de l’ACB. L’objectif est de réunir les éléments utiles au maître d’ouvrage et à ses partenaires afin qu’ils puissent dégager de manière concertée l’orientation à prendre vis-à-vis de(s) la mesure(s) évaluée(s) ou de la suite à donner à la démarche. Par exemple : - en s’appuyant sur les enseignements du diagnostic de l’exposition du territoire ; - en présentant et explicitant les données d’ACB obtenues : DMA avec et sans mesure, DEMA et indicateurs synthétiques (VAN et rapport B/C) ; - en exposant les résultats de l’analyse de la sensibilité ; - en apportant éventuellement des éléments de comparaison avec d’autres démarches d’ACB ; etc. Une partie de ce guide traitant de l’interprétation d’une ACB apporte quelques points d’éclairage et de vigilance indispensables (voir page 29).

5 - Calcul des indicateurs synthétiques de l’ACB 6 - Analyse de sensibilité

Réunion n° 3 du comité de pilotage Résultats de l’ACB et interprétation

Cette réunion peut déboucher sur : - la sélection de la mesure évaluée ; - ou l’abandon de la mesure évaluée ; - ou encore, sur la nécessité de réaliser des études complémentaires : nouveau dimensionnement du projet, études sur des variantes possibles, apports de données économiques locales, etc.

22 / L ’analyse coût/bénéfice

La démarche d’ACB et la procédure PAPI
L’ACB est l’un des outils importants de l’élaboration de la stratégie et du programme d’action du dossier PAPI parce qu’il s’agit d’un outil qui intègre le processus de sélection des projets les plus pertinents à développer dans le programme PAPI et participe ainsi pleinement à la construction raisonnée et concertée d’une stratégie sur le long terme.
Formation d’un comité de pilotage et d’un comité technique

Démarche d’ACB
1 - Définition concertée

Procédure de montage d’un PAPI
Mise en place de la gouvernance locale Mobilisation des acteurs locaux Identification de la structure pilote Diagnostic partagé du territoire Caractérisation de l’aléa et constitution d’au moins 3 scénarios d’inondation

du périmètre d’analyse

*

l’exposition du territoire au risque

2 - Détermination de

Mieux connaître l’exposition du territoire

Recensement des enjeux exposés Inventaire et analyse des mesures de protection (ouvrages hydrauliques) Inventaire et analyse des autres dispositifs existants pour la gestion de crise, de l’eau, l’aménagement et la réduction de la vulnérabilité Élaboration concertée d’une stratégie locale Sélection des zones d’intervention Identification des priorités d’action et détermination des objectifs Analyse des moyens disponibles et des contraintes de mise en œuvre

Ouvrir la concertation sur de nouvelles données 3 - Évaluation des impacts Affecter des priorités aux différents projets

sur les enjeux

4 - Évaluation des coûts des mesures

Alimenter la construction d’une stratégie de gestion du risque inondation

Rédaction d’un programme d’actions Élaboration de fiches actions selon sept axes principaux Calendrier prévisionnel Montage administratif et financier du dossier

Éclairer les décisions politiques et asseoir les choix 5 - Calcul des indicateurs synthétiques d’ACB

Dépôt du dossier en DREAL et en préfecture Instruction du dossier par la DREAL avec appui si besoin de la préfecture Avis de la DREAL
6 - Analyse de la sensibilité

Transfert du dossier au secrétariat du Comité de labellisation PAPI Présentation conjointe devant le Comité de labellisation par le porteur du projet PAPI et par le rapporteur de l’État

Production d’un rapport d’ACB

* Cas échéant : mise en œuvre d’études complémentaires pour l’ACB (aléa et/ou enjeux)
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Pour réaliser correctement son ACB, dans le cadre de l’appel à projet PAPI, le candidat a besoin de : • respecter les exigences demandées en termes de cadrage méthodologique et de rendu de l’ACB, notifiées dans l’annexe 4 du cahier des charges PAPI ; • réaliser un rapport structuré sur l’ACB menée ; • le maître d’ouvrage peut utiliser la Méthode type proposée par le MEDDTL ou une autre méthode du moment qu’elle répond à l’annexe 4 du cahier des charges PAPI.

réseau

PAPI

L ’annexe 4 du cahier des charges PAPI précise les éléments attendus en matière d’ACB, notamment vis-à-vis : • du périmètre d’analyse ; • des mesures à examiner ; • des coûts ; • des types d’enjeux ; • des types d’impacts (dommages) ; • des scénarios d’inondation ; • des hypothèses d’analyse imposées ; • du périmètre géographique. Ce document est disponible en libre accès sur le site du Ministère dans la partie consacrée à l’appel à projets pour les Programmes d’action de prévention contre les inondations : http://www.developpement-durable.gouv.fr/Les-programmes-dactions-de.html

Dans le cadre de l’appel à projets PAPI, dans une circulaire du 12 mai 2011, le Ministère apporte des éléments d’éclairage : - “l’ACB constitue un élément important d’évaluation du projet PAPI, mais son résultat ne préjuge pas en soi de la labellisation ou non du projet” (circulaire relative à la labellisation et suivi des projets PAPI 2011 et opérations de restauration des endiguements PSR) ; - la justification de l’intérêt d’un projet peut reposer sur des bénéfices non pris en compte dans l’ACB : environnementaux, sociaux, culturels, etc.

Quel est le coût d’une ACB ?
Les délais de mise en œuvre d’une ACB, indépendamment des préalables nécessaires en termes de données d’aléa, sont fonction de l’importance du territoire étudié, des enjeux exposés, à l’ambition des aménagements envisagés et aussi à la capacité de traitement de cette démarche par la collectivité. Il faut envisager au moins 2 mois si vous faites appel à un prestataire extérieur. Quant au budget à prévoir, l’inventaire des pratiques existantes françaises réalisé par le CEPRI et ses partenaires donnent des informations à ce sujet (“Évaluation de la pertinence des mesures de gestion du risque, manuel des pratiques existantes”, juin 2008).

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II. L’ACB : au-delà du résultat, une démarche partenariale locale constructive
, Les préalables d’une démarche d’ACB
À quel moment initier une démarche d’ACB ?
La mise en œuvre d’une démarche d’ACB peut se faire à deux “moments” différents. Elle dépend de l’objectif général visé par le maître d’ouvrage à travers cette étude économique. L’analyse peut être : • ex post, dans le cas d’une volonté d’évaluer une politique et une stratégie de protection déjà mises en œuvre, ceci avec la perspective éventuelle de communiquer sur les actions réalisées par la structure, de justifier des dépenses aux financeurs, etc. ; • ex ante, pour étudier la pertinence de mesures projetées, donner des éléments supplémentaires pour le choix des mesures, aider à la construction d’une stratégie de protection sur le territoire, répondre à une obligation, etc. Le cadre de l’appel à projet PAPI s’inscrit dans ce cadre.

La mise en œuvre de l’ACB doit être envisagée, au mieux, avant tout lancement d’études techniques sur l’aléa et les enjeux.

Quels que soient le contexte et l’objectif visé par le maître d’ouvrage, que l’évaluation des mesures soit ex post ou ex ante, il est indispensable pour lui d’avoir les données suffisantes pour parvenir à des résultats sur leur intérêt économique. C’est en vue de l’étape 2 qui étudie l’exposition du territoire au risque, à travers les discussions et le bilan établis lors de la définition du périmètre d’analyse (étape 1), que le maître d’ouvrage pourra savoir si des études complémentaires en hydraulique et/ou sur les enjeux sont à réaliser. Il est recommandé, dans le cas d’une évaluation ex ante, de mettre en œuvre l’ACB le plus tôt possible. Cela peut permettre de réaliser des économies d’échelle dans les étapes préalables aux calculs des dommages et des indicateurs synthétiques de l’ACB (valeur actualisée nette et rapport bénéfices actualisé sur coût actualisé). Cette prise en compte de l’ACB, en amont d’un programme de prévention ou d’un projet isolé de mesures, permet de produire des données hydrauliques ou d’enjeux plus aisément exploitables ou bien même directement intégrables dans l’ACB. Donc, “penser ACB”, en structurant en conséquence les cahiers des charges des études de préfaisabilité et de faisabilité lorsque cela est possible, peut permettre de façon judicieuse d’éviter des coûts supplémentaires en études et d’introduire une dimension socio-économique dès le départ de tout projet de prévention.

réseau

PAPI

Dans le cadre d’une procédure PAPI, l’ACB doit intervenir en lien avec le diagnostic partagé du territoire et contribuer ainsi à l’élaboration de la stratégie et du programme d’action.

L ’analyse coût/bénéfice / 25

Pour quel type de mesures de gestion du risque ?
La gestion du risque inondation peut se faire à travers des mesures dites structurelles et non structurelles. Les premières sont des mesures techniques de protection contre les crues. Il s’agit d’ouvrages de génie civil qui visent à modifier les conditions d’écoulement des crues et leur hydrologie pour réduire le risque d’inondation. On retrouve dans cette catégorie les endiguements, les remblais, les murettes, la réalisation de barrages écrêteurs de crue ou encore les opérations de recalibrage de cours d’eau qui permettent de réduire les conséquences de crues. Les ouvrages de ralentissement dynamique y ont également leur place. Les secondes consistent en des instruments de prévention à proprement parler. Il s’agit de documents de planification de l’aménagement du territoire intégrant un volet risque ou bien d’outils spécifiques (PPRI, etc.) et de dispositifs d’information, d’alerte, de gestion de crise, de réduction de la vulnérabilité des biens, etc.

réseau

PAPI

Dans le cadre de mise en place d’un PAPI sur le territoire, la réalisation d’une ACB est demandée lorsque : • les actions d’investissement ou le montant total des travaux atteignent 25 % du montant total du programme ; • ou bien un aménagement a un coût d’investissement supérieur à 2 millions d’euros.

L’ACB inondation telle que présentée dans ce guide concerne l’évaluation de la pertinence des mesures structurelles. Celles-ci, si le projet comporte plusieurs mesures, devront être évaluées ensemble, de manière cohérente et non pas prises individuellement car elles peuvent avoir des effets les unes sur les autres.

26 / L ’analyse coût/bénéfice

Quels partenaires mobiliser ?
Dans le cadre d’une procédure PAPI, on trouve aux côtés de la structure pilote du PAPI des maîtres d’ouvrage locaux, des financeurs (commune, EPTB, agglomération, département, région, etc.) et des représentants des services de l’État. Il est prévu de constituer un comité de pilotage et un comité de suivi technique. Le comité de pilotage PAPI est constitué des représentants politiques et le comité technique réunit des techniciens et chargés de missions, tous étant issus des structures précitées. Il est fortement conseillé que ces mêmes instances encadrent également la mise en œuvre de l’ACB. Pour une ACB menée de manière indépendante à une procédure PAPI, les mêmes interlocuteurs doivent être impliqués.

L’ACB est une démarche concertée. Ainsi, tous ces partenaires sont à mobiliser dès le départ, c’est-à-dire dès l’étape 1, et non pas uniquement lors de la présentation des résultats.

Rôle des DREAL (Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement) et des DDT (Direction départementale des territoires) : la DREAL instruit le dossier de PAPI et a également, avec les DDT, un rôle d’accompagnement et de conseil en amont auprès des porteurs de projet sur leur demande. Lors de l’instruction du dossier, la DREAL se prononce sur la qualité de l’ACB.

Attacher une grande importance à la rédaction du cahier des charges de l’étude technique
Les analyses économiques sont amenées à se développer dans l’avenir sous l’effet notamment de la réglementation. Cependant, actuellement, peu de bureaux d’études ont une expérience conséquente dans ce domaine. Le maître d’ouvrage, dans la rédaction de son cahier des charges, doit veiller à poser clairement ses attentes et le cadrage de l’étude. L’étape 1 qui définit le périmètre de l’analyse doit, de façon privilégiée, être réalisée en amont de l’élaboration du cahier des charges. Les questions posées dans cette étape doivent être explicitées dans la mesure du possible et le bilan sur les données déjà disponibles en interne être réalisé. La structure pourra rédiger une synthèse de toutes ces informations qu’elle intègrera dans le cahier des charges. Il pourra figurer les points suivants : • une présentation du territoire et du risque inondation ; • les mesures à évaluer et leurs caractéristiques ; • le secteur géographique concerné ; • un bilan sur les données d’aléa et enjeux déjà produites ; • etc. Le maître d’ouvrage, en s’appuyant sur les éléments de connaissance évoqués cidessus, devra faire préciser au bureau d’études la méthode d’ACB retenue et les justifications qui découlent de ce choix (en plus de la nature des dommages et des hypothèses d’analyse qui seront a priori pris en compte pour cette ACB). Les candidats des cabinets privés pourront préciser également, lorsque les données disponibles sont insuffisantes, la méthodologie de recueil des données supplémentaires.

L ’analyse coût/bénéfice / 27

réseau

PAPI

Dans le cadre d’une procédure d’élaboration d’un PAPI, le maître d’ouvrage devra veiller à ce que les propositions des bureaux d’études soient conformes aux exigences de l’annexe 4 du CCTP PAPI.

À noter : il n’est pas du rôle de la DREAL d’intervenir pour assister techniquement les maîtres d’ouvrage dans la rédaction de leur cahier des charges, cependant, elle peut apporter des conseils sur les hypothèses choisies.

Quelles possibilités de financements ?
Dans le cadre des programmes d’action de prévention des inondations, à travers le Fonds de prévention des risques naturels majeurs (FPRNM), l’État peut financer, au taux maximum de 50 %, les études relatives à l’amélioration de la connaissance des aléas et des enjeux au titre de l’axe I du PAPI. La démarche d’ACB s’inscrit pleinement dans l’objectif de cet axe-ci. Elle peut ainsi être partiellement financée par le FPRNM à condition de bénéficier de la labellisation PAPI et qu’un PPRN soit prescrit ou approuvé sur la zone concernée par la démarche. Également, des ressources financières locales peuvent exister au sein des départements et des régions notamment. Les maîtres d’ouvrage pourront se renseigner auprès des services de gestion des aides de ces structures.

28 / L ’analyse coût/bénéfice

, L’interprétation des résultats, les discussions et la conception d’une stratégie pertinente de gestion du risque d’inondation
Les limites de l’ACB
Les limites de l’ACB tiennent : - au degré de qualité des données utilisées dans l’analyse. Les sources d’erreurs, les approximations dans le recueil ou le manque de données sont susceptibles d’affecter les résultats de l’analyse. Ces incertitudes peuvent être d’ordre hydraulique, hydrologique, géographique, économique, etc. ; - à la non-prise en compte des dommages intangibles (c’est-à-dire difficilement monétarisables) puisque la comparaison des coûts et des bénéfices s’opère en euros, seuls les dommages tangibles peuvent intégrer l’analyse. Il peut s’agir des dommages suivants : mortalité humaine, traumatismes psychologiques, impacts sur l’environnement, dégradation du patrimoine architectural, impacts sur l’image de marque d’un territoire touristique, etc. ; - à l’absence d’exhaustivité dans la considération des dommages tangibles. Les dommages indirects peuvent être considérables et ne sont pas toujours spontanément intégrés dans une analyse économique. À ce titre, l’ACB, prise en tant que démarche et non pas comme un outil produisant uniquement un résultat sur l’intérêt économique ou non d’une mesure, doit permettre de soulever, à l’occasion des réunions techniques et de pilotage, des réflexions sur ces dommages évités non intégrés dans l’analyse (réseaux endommagés, coût de relogement des sinistrés, coût du dysfonctionnement des services publics, etc.). Ces discussions collectives peuvent déboucher éventuellement sur la volonté de valoriser d’une manière ou d’une autre ces dommages qui sont autant de bénéfices après qu’un diagnostic a mis en évidence que la mesure étudiée permettait également de les réduire ; - actuellement, à la difficulté d’étudier la pertinence économique de mesures autres que structurelles. Des analyses réalisées par exemple sur des démarches de réduction de la vulnérabilité ou de sensibilisation de la population aux risques, ou encore d’amélioration des dispositifs de prévision, sont peu aisées à produire du fait de la difficulté d’évaluer les bénéfices qui leur sont reliés ; - au caractère statique de l’analyse où l’on considère que le territoire étudié est figé dans son développement, ceci sur plusieurs décennies (au maximum 50 ans). Il s’agit, certes, d’un des principes fondateurs de l’ACB, mais également d’une forme de limite de l’ACB, dans le sens où il ne permet pas de prendre en compte l’évolution inévitable de l’aménagement sur le territoire. En effet, il est fort probable que les zones d’activités humaines subiront une évolution dans leur extension ou des modifications de leur vulnérabilité tandis que la durée d’analyse considérée est de plusieurs décennies. Cependant, cette hypothèse est fondamentale à préserver.

Ces limites, qui entourent une analyse strictement monétaire, engendrent cependant des réflexions, une appréhension et une prise de conscience de nouveaux éléments jugés de prime abord bénins ou même omis. Ces derniers peuvent, s’ils sont valorisés, permettre de favoriser une prise en compte plus globale des impacts négatifs ou positifs des inondations sur un territoire et d’éclairer intelligemment la prise de décision.

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Comment interpréter une ACB ?
Comme toute analyse économique, l’ACB peut et doit faire l’objet d’une interprétation. Les éléments qui suivent n’ont pas pour objet de dicter une conduite à tenir en matière d’interprétation, mais de fournir quelques clés pour interpréter le résultat d’une ACB et ne pas se laisser enfermer dans une seule et même approche du résultat. Jauger le résultat final de l’ACB à l’aune des approximations qui émaillent son calcul La partie précédente l’a bien montré : le résultat de l’ACB est entaché d’un certain nombre d’incertitudes et de données manquantes. Si l’ACB ne montre pas la totalité de la réalité, elle en montre toutefois une partie qu’il faut pouvoir examiner avec soin. Pour cela, il est absolument nécessaire que les hypothèses de travail soient connues en toute transparence : quelle est l’incertitude des modélisations de l’aléa, quel est le degré de fiabilité des bases de données d’enjeux, quels sont les types de dommages pris en compte et ceux qui ne le sont pas, etc. ? Ainsi, en faisant une analyse de sensibilité, il sera possible d’interpréter des résultats montrant une pertinence faible des mesures. Ne pas oublier que l’ACB mesure le gain d’un projet du point de vue de la société dans son ensemble et non du point de vue du maître d’ouvrage qui le porte C’est une particularité de l’ACB : le résultat de l’ACB vaut pour le territoire sur lequel le projet envisagé est susceptible d’avoir un impact, non pour l’un de ses acteurs en particulier (financeur ou maître d’ouvrage). La raison en est simple. Le calcul d’ACB prend en compte la totalité des coûts du projet et la compare à l’ensemble des bénéfices potentiels sur le territoire considéré, alors qu’en règle générale chaque acteur ne contribue qu’à une partie des coûts du même projet et ne considère que la partie des bénéfices qui le concerne. L’ACB ne tient pas compte du régime d’indemnisation des catastrophes naturelles ou bien des aides financières individuelles autres pouvant intervenir dans la remise en état d’une habitation par exemple, après une inondation (dons, financements exceptionnels, etc.). Ainsi, le résultat de l’ACB n’exprime pas une forme de rentabilité du projet pour chacun des acteurs. Cette réalité est à saisir correctement pour interpréter convenablement l’ACB. Considérer les coûts et les bénéfices non pris en compte dans l’ACB Comme rappelé dans le paragraphe sur les “limites de l’ACB”, le résultat de l’ACB ne tient compte que d’un certain nombre de dommages liés aux inondations et omet ainsi une partie des bénéfices potentiels du projet. Ceci ne peut être résolu facilement, mais il est nécessaire de tenter de débattre entre acteurs sur les bénéfices escomptés du projet dans des domaines non évaluables facilement (gain en matière de sécurité civile ou de réduction des atteintes à l’environnement, aux réseaux de transports, au patrimoine culturel…). De la même manière, l’ACB ne prend pas en compte certains coûts difficilement évaluables du projet comme, par exemple, l’impact du projet sur l’environnement naturel, paysager… Sur ce point également, la discussion mérite d’être engagée. Préserver l’hypothèse du caractère figé du territoire pour éviter les dérives d’interprétation Un des principes de base de l’ACB consiste à considérer que le territoire n’évolue pas pendant la durée de l’analyse. Il permet de pallier la dérive qui consisterait en l’implantation artificielle d’enjeux en zone inondable. Cela se traduirait par des bénéfices supplémentaires retirés de la mesure envisagée et dont le poids pourrait être conséquent, dans la perspective prédéfinie d’un développement du territoire. Or, sur quoi reposerait cette projection de l’évolution du territoire lorsque l’on sait que la plupart des politiques d’aménagement se trouvent généralement restreintes à une décennie tout au plus ? Si des projections peuvent être envisagées sur la durée réglementaire des documents d’orientation (par exemple celles des SCoT) et/ou d’urbanisme (PLU), il est difficile d’aller aisément au-delà. Il serait ainsi fort hasardeux de vouloir déroger à ce principe.

30 / L ’analyse coût/bénéfice

Tirer partie de l’ensemble des éléments produits par l’ACB La démarche d’ACB produit, au-delà du résultat final de la VAN et du rapport B/C, une somme non négligeable d’éléments qui, chacun à leur manière, peuvent venir enrichir la discussion : • les caractéristiques des enjeux inondés : poids des catégories d’enjeux impactés (en nombre et en dommages), nature des bâtiments publics touchés (support des services de gestion de crise, des services de santé, des services d’accueil de personnes fragiles), nature des entreprises touchées (entreprises viviers d’emplois, entreprises susceptibles de polluer ou de créer du sur-endommagement, entreprises nécessaires à la post-crise…). L’analyse de la “nature” des enjeux qui profitent du projet peut ainsi donner des informations supplémentaires précieuses, en mettant en lumière des bénéfices non évaluables monétairement comme l’amélioration potentielle de la gestion de crise, la préservation des emplois locaux, la limitation des pollutions, le bénéfice social par la mise hors d’eau d’équipements ou de logements sociaux,... ; • l’identification et la répartition des bénéfices : les bénéfices d’un projet ne sont pas nécessairement uniformément répartis sur le territoire. Deux formes de répartition des bénéfices du projet sont à regarder plus particulièrement : la répartition géographique des bénéfices (certains ouvrages peuvent réduire les atteintes sur certaines zones et ne pas modifier ou aggraver la situation sur certaines autres) et la répartition des bénéfices entre les différentes catégories d’enjeux (certains projets bénéficieront plus à des entreprises, d’autres plus à des logements,…) ; • les dommages résiduels : les dommages dits résiduels sont les dommages que le territoire continuera de subir malgré la mise en place de la mesure. Ils peuvent être mis en évidence de deux manières : d’une manière globalisée et quantitative à travers le dommage moyen annuel produit en état projeté (avec mesure). En valeur absolue, il s’agit du DMA avec projet, en valeur relative, il s’agit du rapport DMA avec

L ’analyse coût/bénéfice / 31

projet/DMA sans projet. Ou bien également, ils peuvent être mis en valeur à l’échelle de chaque scénario d’inondation modélisé et cartographié pour lequel on pourra donner une information plus qualitative s’intéressant à la nature des dommages (direct, indirect, type d’enjeux touchés) ; des éléments qui permettront de nourrir la discussion. Les dommages résiduels sont une composante importante de relativisation du résultat de l’ACB. Le résultat de l’ACB peut en effet être positif (les bénéfices du projet sont supérieurs à ses coûts de mise en œuvre) tout en laissant des dommages résiduels importants. Analyser les dommages résiduels permet ainsi de poser deux interrogations importantes : 1. le projet est-il calibré sur la bonne période de retour de crue ? (cette question n’est pas anodine puisqu’elle rejoint celle du risque acceptable sur un territoire), 2. faut-il réfléchir à des alternatives plus efficaces pour réduire le dommage résiduel ? Au-delà des résultats de l’ACB, une multitude d’autres critères L’ACB est une démarche d’analyse économique. En tant que telle, elle omet de nombreux critères qui peuvent intervenir dans la justification de l’intérêt du projet même si le résultat de l’ACB est négatif. Les critères suivants peuvent être à considérer : • les dommages et coûts non pris en compte dans l’ACB ; • le bénéfice psychologique et social du projet pour la population (parfois sinistrée il y a peu) exprimant une demande sociale qui peut être conçue comme un préalable pour l’impliquer dans d’autres actions (par exemple celles ayant pour objectif une réduction de la vulnérabilité du territoire) ; À l’inverse, certains critères peuvent venir nuancer un résultat d’ACB montrant une pertinence du projet. Il s’agit en particulier de : • la pérennité de l’intérêt du projet compte tenu de l’évolution tendancielle du territoire : l’évolution du territoire peut contribuer à rendre les projets moins rentables car l’imperméabilisation progressive des sols, par exemple, peut finir par compenser l’effet attendu des ouvrages ; • l’incertitude des bénéfices du projet : le bénéfice réel de certains projets au moment d’une inondation peut être mis en péril par des facteurs humains ou des incertitudes techniques,… • le coût d’opportunité du projet : la mise en place d’ouvrages hydrauliques rend parfois difficile la mise en œuvre d’actions de réduction de la vulnérabilité (surestimation des effets des ouvrages par les populations, intérêt économique réduit de la réduction de la vulnérabilité, perte de culture du risque)… Enfin, d’autres critères plus nombreux encore, et concernant les modalités pratiques de la mise en œuvre du projet, viennent également nécessairement contrebalancer les résultats de l’ACB, quels qu’ils soient : • l’existence d’un potentiel maître d’ouvrage porteur, • la facilité du montage financier du projet, • la responsabilité des acteurs et des intervenants (collectivités territoriales, individus …), • la date au plus tôt de la mise en œuvre opérationnelle du projet,…

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Des discussions bénéfiques pour l’élaboration de stratégies pertinentes de gestion du risque
L’ACB, lorsqu’elle est conduite comme une démarche transparente et partenariale, génère la discussion. Ces discussions sont bénéfiques à plus d’un titre : • elles amènent à creuser la réalité des impacts potentiels d’une inondation ; les acteurs autour de la table ont une tendance naturelle à élargir la palette des dommages pris en compte (c’est-à-dire des bénéfices potentiels du projet) pour accroître l’efficience des ouvrages. Ce faisant, des discussions s’ouvrent ainsi sur l’existence de dommages indirects, induits, monétarisables et non monétarisables, ce qui est tout à fait propice à mieux partager la réalité du risque d’inondation sur le territoire ; • elles permettent d’aborder la question du “risque acceptable” pour un territoire, c’est-à-dire le niveau de risque pour lequel les acteurs du territoire décident de se mobiliser ; • elles posent les bases d’une stratégie de prévention du risque d’inondation.

Vers une analyse multicritère
Conscient des limites de l’ACB (voir page 28), l’État, avec ses partenaires6, a initié une démarche visant à consolider la Méthode type actuelle à travers un approfondissement des fonctions de dommage et à développer une méthodologie pour une “analyse multicritère” (AMC), avec pour finalité la rédaction d‘un guide courant 2012. Le guide AMC devra permettre la prise en compte de coûts et de bénéfices qui ne sont pas monétarisables facilement et qui sont donc exclus de la méthode type d’ACB (impacts sur la santé humaine, atteintes au patrimoine, à l’environnement, etc.).

6. CETE Méditerranée, CGDD, CEMAGREF, CEPRI, CCR, MRN et plusieurs collectivités territoriales.

L ’analyse coût/bénéfice / 33

Bibliographhie

CEPRI (2008), Manuel des besoins et des attentes des utilisateurs. CEPRI (2008), Manuel des pratiques existantes françaises. CEPRI (2009), Manuel des pratiques existantes européennes. DREAL Rhône-Alpes (2010), Guide d’accompagnement pour une méthode standard pour l’analyse coût/bénéfice des projets de prévention des inondations. ERDLENBRUCH, K. et al. (2008), Une analyse coût/bénéfice spatialisée de la protection contre des inondations. Application de la méthode des dommages évités à la basse vallée de l’Orb, Ingénieries Eau-Agriculture-Territoires, n° 53, pages 3-20. GRELOT, F. et al., Sensibilité d’une analyse coût/bénéfice. Enseignements pour l’évaluation des projets d’atténuation des inondations, Ingénieries Eau-Agriculture-Territoires, n° spécial, pages 95 à 108. MEDDTL (2007), Synthèse des évaluations socio-économiques, collection Études et synthèse. MEDDTL (2010), Annexes techniques de la méthode type d’ACB. MEDDTL (2011), Cahier des charges pour les Programmes d’action de prévention des inondations, appel à projets de février 2011 (l’annexe 4 porte sur les exigences pour réaliser une ACB).

34 / L ’analyse coût/bénéfice

Annexe 1

Tableau de correspondance des étapes du Guide ACB

Une structuration différente des étapes proposées dans ce guide par rapport à celles de la Méthode type
Dans ce guide, les étapes ont été structurées et parfois développées de façon à rendre la réalisation technique d’une ACB plus lisible et cohérente avec une conduite de la démarche au sein d’une collectivité. Ainsi, les étapes proposées ci-dessous ne transposent pas telles quelles celles rencontrées dans la Méthode type. Les étapes du document technique originellement notifiées 2 et 3 (“description de l’aléa” et “recensement des enjeux”) ont été regroupées ici dans une seule et même étape dénommée “détermination de l’exposition du territoire au risque”. Le tableau ci-dessous renseigne les correspondances unissant les deux documents.

Structuration des étapes dans le guide d’accompagnement… Étape 1 Étape 2 Étape 3 Étape 4 Étape 5 Étape 6
Définition concertée du périmètre d’analyse

…dans la méthode type Étape 1 Étape 3 Étape 4 Étape 5 Étape 6 Étape 7
Définition du périmètre d’étude Description de l’aléa Recensement des enjeux Évaluation des bénéfices (dommages évités) Détermination des coûts liés au projet Résultats d’ACB Analyse de sensibilité

Détermination de l’exposition du territoire au Étape 2 risque Évaluation des bénéfices Évaluation des coûts des mesures Calcul des indicateurs synthétiques de l’ACB Analyse de sensibilité

L ’analyse coût/bénéfice / 35

Annexe 2

Ressources de données possibles

Liste de ressources (non exhaustive)

Producteurs et/ou propriétaires

Usages possibles pour les catégories d’enjeux suivantes Logement Activités économiques x x x x x x x x x x x x x x x x x x x

Gratuité des données

Activités agricoles

Équipements publics

BD ADRESSE BD BIEN (Ile-de-France) BS OEIL BD ORTHO/IRC BD ORTHO/RVB BD PARCELLAIRE BD PERVAL BD SIRENE BD TOPO CORINE LAND COVER (CLC) Documents d’urbanisme : PLU, SCOT Fichier du RCS (Registre du commerce et des sociétés) Photographies aériennes Plan communal de sauvegarde Recensement général agricole SCAN 25 Site Internet des PAGESJAUNES. FR Site Internet GEOPORTAIL Site Internet GOOGLE MAPS

IGN Ministère du Développement durable Ministère du Budget IGN IGN IGN Ministère du Développement durable INSEE IGN IFEN/AEE Mairies, intercommunalités…

oui oui

CCI

x

IGN Mairies, intercommunalités… AGRESTE, ministère de l’Agriculture IGN PAGESJAUNES GROUPE Ministère du Développement durable /IGN/ BRGM GOOGLE INC.

x x x

x x oui

x x x

x x oui

x

x

x

x

oui

x

x

x

x

oui

36 / L ’analyse coût/bénéfice

Lexique
Actualisation (des données économiques)
L’actualisation est “l’opération mathématique qui permet de comparer des valeurs économiques qui s’échelonnent dans le temps : il s’agit de ramener la valeur future d’un bien, d’une dépense, à une valeur actuelle. L’actualisation repose sur deux éléments essentiels : l’appréciation des flux monétaires (échéancier des dépenses et recettes immédiates et futures, réelles ou fictives) et le taux d’actualisation (coefficient permettant de ramener le futur au présent). Le taux d’actualisation est un taux de substitution entre le futur et le présent ; il traduit la valeur du temps pour une entreprise ou une collectivité : c’est en quelque sorte le prix du temps.” Le taux d’actualisation de base est de 4 %. Et il est décroissant avec le temps pour les évaluations qui portent sur le très long terme. La décroissance du taux est effective à partir de 30 ans (Rapport du groupe d’experts présidé par Daniel Lebègue - révision du taux d’actualisation des investissements publics, Commissariat général du Plan, 21 janvier 2005). de la mesure est la différence entre les dommages potentiels subis par le territoire dans l’état projeté et ceux subis dans l’état initial. Il s’agit des dommages évités. Au-delà du bénéfice monétarisé estimé à travers l’analyse économique, d’autres bénéfices intangibles apportés par la mesure peuvent être mis en valeur à l’occasion des réflexions engagées dans une démarche d’ACB. Il peut s’agir de la préservation d’un patrimoine architectural et/ou environnemental et d’une activité touristique qui leur sont reliées, de gains en matière de sécurité civile ou de protection des réseaux de transports, etc.

Dommage (direct, indirect, tangible, intangible)

Aléa

L’aléa est défini comme étant la probabilité d’occurrence d’un phénomène naturel d’intensité donnée. L’intensité est définie dans le cadre des plans de prévention des risques par la prise en compte des paramètres suivants : la hauteur d’eau, la vitesse d’écoulement et, dans certains cas, la durée de submersion.

Analyse coût/bénéfice

L’ACB est une méthode d’analyse économique. Son principe est d’évaluer et de comparer, en termes monétaire, les bénéfices et les coûts d’un projet. Elle ne mesure pas la rentabilité financière d’un projet, c’est-à-dire celle du point de vue du particulier, mais l’intérêt économique qu’une société dans son ensemble peut avoir à mettre en œuvre des mesures de gestion et de prévention des inondations. D’autres approches économiques existent telles que l’analyse coût/efficacité, la méthode d’évaluation contingente, la méthode des prix hédoniques, la méthode des choix conjoints, etc. (pour plus de précisions, se référer au “Manuel des pratiques existantes françaises”, CEPRI, juin 2008 et à la “Synthèse des évaluations socio-économiques”, collection études et synthèse, MEDDTL, 2007). L’ACB à travers l’évaluation des dommages évités est une des méthodes les plus propices à l’évaluation de l’exposition d’un territoire au risque inondation.

Les dommages directs correspondent à des désordres imputables à l’impact physique des inondations (déformation des cloisons légères, décollement des revêtements intérieurs, chute des dalles de plafond, etc.). Tandis que les dommages indirects regroupent les effets induits par l’inondation et/ou par la dégradation des biens et des stocks (pertes d’exploitation liées à la fermeture de l’entreprise, surcoûts d’une délocalisation ou d’un relogement temporaire, etc.). Les dommages tangibles correspondent à des effets pouvant faire l’objet d’une évaluation monétaire. Cela peut être des pertes et des dégradations (sur des biens mobiliers et également immobiliers, sur du matériel et des stocks), des pertes d’exploitation, des pertes d’emploi, etc. Les dommages intangibles sont difficiles à évaluer dans le cadre d’une analyse économique. Ils peuvent faire l’objet d’une démarche d’Analyse multicritère (AMC) qui permet la prise en compte de ces dommages non monétaires. Ils peuvent être d’ordre psychologique (fragilisation psychologique…), social (précarisation…), environnemental (pollution par des hydrocarbures…), patrimonial (dégradation de biens culturels).

Dommage moyen annuel (DMA)

Le DMA intègre pour chaque type de crue (de période de retour différente) les dommages qui lui sont associés en les pondérant par la fréquence de la crue. Il exprime ce que coûte en moyenne par an l’ensemble des crues possibles pouvant se produire sur le territoire et représente ce que la société devrait provisionner annuellement pour couvrir les dommages de toutes ces inondations.

Analyse multicritère AMC

Dommage évité moyen annuel (DEMA)

Une analyse multicritère objective et évalue les impacts des projets selon un certain nombre de critères qui ne sont pas uniquement monétaires. Chacun d’entre eux doit ensuite être noté et pondéré selon une échelle, claire, précise et partagée par les parties prenantes. Une AMC mobilise un panel d’acteurs qui vont évaluer les impacts et les conséquences des projets potentiels. Le Manuel des pratiques existantes d’évaluation de la pertinence des mesures de gestion du risque inondation présente des AMC mises en œuvre en France (CEPRI, 2008).

Le DEMA est le résultat de la soustraction entre le Dommage moyen annuel de l’état initial (situation sans mesure) et celui de l’état projeté (situation avec mesure). Il représente le bénéfice global de la mesure.

Dommage résiduel

Bénéfice (d’une mesure)

Dans le cadre de l’analyse coût/bénéfice, le bénéfice apporté par une mesure correspond aux dommages que celle-ci, par sa mise en œuvre, est susceptible d’éviter. L’évaluation de ce bénéfice nécessite de considérer deux situations : un état initial (sans la mesure que l’on souhaite évaluer) et un état projeté (avec les effets de la mesure si on la met en œuvre). Au final, le bénéfice

Les dommages dits résiduels sont les dommages que le territoire continuera de subir malgré la mise en place de la mesure. Ils peuvent être mis en évidence de deux manières : d’une manière globalisée et quantitative à travers le dommage moyen annuel produit en état projeté (avec mesure). Ou bien également, ils peuvent être mis en valeur à l’échelle de chaque crue modélisée et cartographiée pour laquelle on pourra donner une information plus qualitative s’intéressant à la nature des dommages (direct, indirect, type d’enjeux touchés) ; des éléments qui permettront de nourrir la discussion.

L ’analyse coût/bénéfice / 37

Enjeux

Il s’agit de l’ensemble des personnes, des biens et des activités humaines (ayant une valeur monétaire ou non) pouvant être affectés par un phénomène, directement ou indirectement. Ces derniers ne sont ainsi pas seulement des enjeux situés dans l’enveloppe de la crue. Le cahier des charges PAPI impose de considérer a minima dans l’ACB les enjeux pour : l’habitat, les entreprises, les activités agricoles et les équipements publics.

Méthode type d’ACB

État initial, état projeté

Une ACB implique la comparaison entre des dommages produits dans deux situations différentes : ceux produits en état initial, soit avant toute mise en œuvre d’une mesure, et ceux éventuellement produits en état projeté, c’est-à-dire dans une situation qui intègre les effets de la mesure. Pour ces derniers, on parlera de dommage résiduel.

Le ministère du Développement durable et ses partenaires ont élaboré une méthode d’analyse coût/bénéfice standardisée type (également appelée “annexes techniques”) pouvant être utilisée en particulier par les porteurs d’un PAPI. Il s’agit d’un outil destiné plutôt aux bureaux d’études ou aux maîtres d’ouvrage, qui se veut pouvoir être appliqué sur tout le territoire national et qui donne un ensemble de recommandations dans la mise en œuvre d’une ACB. Le groupe d’experts en économie, engagé de 2008 à 2010 sur l’élaboration de cette méthode, a sélectionné les fonctions de dommage et d’endommagement déjà existantes les plus rigoureuses à ce jour. Le MEDDTL poursuit les travaux depuis fin 2010 pour consolider cette méthode et l’étendre vers le développement d’une méthode d’analyse multicritère.

Paramètres (hydrauliques, d’enjeux…)

Fonctions de dommage (courbes de dommage et d’endommagement)

La Méthode type s’appuie sur des courbes de dommage et d’endommagement applicables au bien lui-même et non à une zone homogène. Une fonction de dommage est vue comme étant une “fonction définie pour un enjeu, qui associe aux paramètres hydrologiques et/ou hydrauliques de l’inondation le montant des dommages en valeur absolue induits par l’inondation de l’enjeu. Les paramètres les plus fréquents sont la hauteur maximale de submersion, mais peuvent dépendre d’autres paramètres comme la saison d’occurrence, la durée de la submersion, la cinétique de l’inondation (rapide ou lente).” Une fonction d’endommagement est une relation mathématique qui permet de quantifier un montant de dommage relatif par rapport à la valeur totale du bien. L’endommagement est exprimé en pourcentage et varie en fonction des paramètres hydrauliques (B. Ledoux, 1999).

On entend dans le cadre d’une analyse coût/bénéfice utiliser des paramètres venant alimenter le modèle d’ACB. Ces paramètres sont issus d’une pluridisciplinarité des sciences qui encadrent la gestion du risque inondation et reposent par exemple sur des modélisations hydrauliques, sur des éléments socio-économiques, mais aussi sur la structure de l’ACB (horizon temporel, taux d’actualisation) et, enfin, sur la construction d’hypothèses. Concernant le phénomène d’inondation, les fonctions de dommage employées dans la méthode type reposent sur des paramètres tels que la hauteur d’eau, la durée de submersion et la fréquence des crues modélisées. Les dommages sont caractérisés selon la nature des enjeux par le biais de paramètres spécifiques : niveau du premier plancher du bâtiment par rapport au terrain naturel, superficie de l’équipement en mètres carrés, effectif salarial des entreprises inondables, etc.

Horizon temporel

Rapport Bénéfice actualisé sur coût actualisé (rapport B/C)

“Ce paramètre correspond à la durée sur laquelle sont considérés les flux de coûts et de bénéfices associés à la mesure. Il est parfois désigné à tort par le terme “durée de vie du projet”, celui-ci sous-entendant que c’est la durée de vie de la mesure qui doit être considérée, alors que l’horizon temporel dépend également de la fiabilité d’autres paramètres, comme l’occupation du sol.” (Erdlenbruch et al., 2007.)

C’est un des indicateurs synthétiques de l’ACB présentés dans ce guide. La Méthode type indique que si le rapport Dommage évité moyen annuel (ou bénéfices) actualisé est supérieur à 1, alors la mesure “est pertinente économiquement”. Egalement, “ce rapport peut s’interpréter comme un indicateur de la rentabilité du projet puisqu’il indique la quantité de dommages évités pour un euro investi dans le projet”.

Incertitude (analyse de l’)

Sensibilité (analyse de la)

Analyser l’incertitude consiste à évaluer la valeur et la qualité des données, des paramètres et des modèles qui alimentent l’analyse économique. Il est préférable de connaître les sources et le degré des incertitudes des données d’entrée du modèle ACB. Elles peuvent être issues de la modélisation hydraulique, des hypothèses formulées palliant une absence de données, du choix et de la précision de critères de vulnérabilité des enjeux servant au calcul des dommages, etc. Elles doivent être communiquées de manière transparente. Cette connaissance des incertitudes, à travers la définition de marges de précisions, est exploitée dans l’analyse de sensibilité qui permet d’identifier quelles données d’entrée engendrent le plus de variabilité des résultats de l’ACB.

Mesure

L’analyse de la sensibilité permet de tester la robustesse des résultats de l’analyse coût/bénéfice par rapport aux approximations réalisées lors des différentes modélisations. Il s’agit, à travers elle, de tester l’impact des différentes hypothèses et/ou des paramètres sur les indicateurs synthétiques (valeur actualisée nette et rapport bénéfice actualisé sur coût actualisé) et les autres produits de l’ACB (dommages pour une période de retour, dommage moyen annuel, etc.). La qualité parfois hétérogène des données recueillies implique d’identifier celles qui engendrent une grande variation des indicateurs synthétiques (variation autour du zéro pour la VAN et autour de 1 pour le rapport B/C actualisés). Une fois connues, il s’agit de renforcer leur niveau de précision et/ou de justifier le choix des valeurs finalement considérées et de décrire les limites éventuelles de lecture des résultats finaux.

Dans ce guide, ce terme désigne tout type d’actions de gestion du risque inondation. La Méthode type d’ACB cible, quant à elle, les mesures de gestion de l’aléa (digues, remblais, barrages, etc.). Actuellement, les méthodes d’analyse de la pertinence économique des autres types de mesure sont encore peu développées en France.

Valeur actualisée nette (VAN)

C’est un des indicateurs synthétiques de l’ACB présenté dans ce guide. La Méthode type indique que si la VAN est positive, alors la mesure est “pertinente économiquement”. Et que “le montant de la VAN peut s’interpréter comme la quantité de dommages évités et alors économisés par la société, déduction faite des coûts, grâce aux investissements faits”.

38 / L ’analyse coût/bénéfice

Remerciements

Nous remercions tout particulièrement, pour leur relecture attentive et leurs remarques judicieuses, Frédérique Martini, chef du Bureau des risques météorologiques à la Direction générale de la prévention des risques au MEDDTL, Amélie Renaud, adjointe au chef du Bureau de l’action territoriale à la Direction générale de la prévention des risques au MEDDTL, Jean-Philippe Pène, chargé de mission au Bureau des risques météorologiques à la Direction générale de la prévention des risques au MEDDTL, Chloé Auffret, chargée d’études risques naturels, vulnérabilité et économie au Centre d’études techniques de l’équipement méditerranée, Cédric Peinturier, chargé de mission risques au Commissariat général au développement durable du MEDDTL et Mathieu Métral, chargé de mission à la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement en Rhône-Alpes. Leur contribution s’est avérée essentielle à la qualité de ce document. Ainsi que le CEMAGREF et la Mission risques naturels qui concourent depuis des années à améliorer les méthodologies d’aide à la décision en matière de gestion du risque d’inondation. Enfin, des remerciements chaleureux aux collectivités territoriales partenaires, volontaires et engagées avec le CEPRI, au travers de sites pilotes sur la démarche d’ACB.

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Notes

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Notes

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Document édité par le CEPRI Novembre 2011 / ISSN en cours Création, maquette et illustrations : Néologis (02 38 43 37 37) Cette brochure est téléchargeable sur : www.cepri.fr (publications) Reproduction interdite sans autorisation…...

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...Rashesh Shah did it. Sanjeev Bikhchandani did it. Shantanu Prakash did it. 'Stay Hungry, Stay Foolish' is the story of 25 such IIM Ahmedabad graduates who chose the rough road of entrepreneurship. They are diverse in age, in outlook and the industries they made a mark in. But they have one thing in common: they believed in the power of their dreams. This book seeks to inspire young graduates to look beyond placements and salaries. To believe in their dreams. The Centre for Innovation, Incubation and Entrepreneurship (CIIE) at IIM Ahmedabad aims at fostering innovation-driven entrepreneurship through incubation, research and dissemination of knowledge. Rs.125/- - Rashmi Bansal ISBN 978-81-904530-1-1 CONTENTS - THE BELIEVERS - THE OPPORTUNISTS - THE ALTERNATE VISION THE BELIEVERS People who knew entrepreneurship was the Chosen Path. They took the plunge straight after their MBA or after working barely a couple of years. And they persevered until they made it big! p02 THE BOOK OF JOB Sanjeev Bikhchandani (PGP 1989), naukri.com Sanjeev is India's most successful internet entrepreneur. For close to a decade he struggled on the sidelines but never gave up on his Big Idea. In 2006, naukri.com became the first dotcom to IPO on an Indian stock exchange. p18 ROCK WITH IT, ROLL WITH IT Shantanu Prakash (PGP 1988), Educomp Despite a regular middle class upbringing, Shantanu went into business while doing his BCom. The entrepreneurial streak continued......

Words: 114565 - Pages: 459

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...Educational Needs 137 PA RT I I Chapter 6 Chapter 7 Chapter 8 Chapter 9 Chapter 10 Chapter 11 Learning and Motivation Learning and Cognitive Processes 179 Knowledge Construction 217 Complex Cognitive Processes 249 Behaviorist Views of Learning 285 Social Cognitive Views of Learning 323 Motivation and Affect 361 PA RT I I I Chapter 12 Chapter 13 Chapter 14 Chapter 15 Classroom Strategies Instructional Strategies 413 Creating a Productive Learning Environment 459 Classroom Assessment Strategies 503 Summarizing Students’ Achievement and Abilities 553 Appendix A: Describing Associations with Correlation Coefficients A-1 ISBN 0-558-65860-1 Appendix B: Determining Reliability and Predictive Validity B-1 Appendix C: Matching Book and MyEducationLab Content to the Praxis® Principles of Learning and Teaching Tests C-1 iv Educational Psychology: Developing Learners, Seventh Edition, by Jeanne Ellis Ormrod. Published by Allyn & Bacon. Copyright © 2011 by Pearson Education, Inc. Contents Preface x Special Topics xix Chapter 1 1 Vygotsky’s Basic Assumptions 39 ● Critiquing Vygotsky’s Theory 42 ● Considering Diversity from the Perspective of Vygotsky’s Theory 43 ● Contemporary Extensions and Applications of Vygotsky’s Theory 44 Teaching and Educational Psychology 1 CASE STUDY: Picture Yourself Language Development 49 Teaching as Evidence-Based Practice 2 Understanding Research 4 Quantitative Research 5 ● Qualitative Research 7 ●......

Words: 101358 - Pages: 406

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...The book has no place in modern society. Discuss. Every book is a quotation; and every house is a quotation out of all forests, and mines, and stone quarries; and every man is a quotation from all his ancestors. A book is a written or printed work that has its pages sewed or glued to one another. The book has been around for years in its present printed form, advancing along with new innovations in today’s modern society, the book may have been partially replaced by the internet but it would be too extreme to say that the book has no place in modern society. Its distinctive and tangible touch is impossible to be substituted for. Thus, I feel that the book still has a place in modern society. The book still has a place in today’s modern society as today’s society is a knowledge-based one, knowledge is key to success. Books are pivotal to imparting knowledge and skills to the masses, especially to students in school. We cannot neglect the fact that the book is still the bread and butter of our lives. An example of a book that develops our skills and knowledge is the “7 Habits of Highly Effective People”, which has sold over twenty million copies worldwide. The remarkable sales figures just demonstrates the importance of the book in modern society, be it for entertainment or personal upgrade. They are the very core driving force of passing down present-day human knowledge. Some may argue that modern day innovations such as e-books serve the same function as well, however......

Words: 1001 - Pages: 5

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...After reading a couple chapters of this book I have came to the conclusion that it shows you a lot of strong points on how Thomas L Friedman thinks about the world. He explains why it all is happening and how the international system is transforming the world affairs. It also shows you all the things that he said in his book that they would come true and some of those things actually did come true. This books helps you understand about how globalization is working and why it is happening. It also shows and tells you how the world reacts to it and what the bad and good thing about globalization. In the first part of the book of the books it explains what the title ‘Lexus’ and ‘’olive tree’’ means. The Lexus stands for half the world emerging from the Cold War and people intent on building a better Lexus, modernizing economies in order to thrive globalization. The olive tree stands for the other half who are still caught up in the fight over who owns which "olive tree." The Lexus stands for the emerging of new things like 300 new Lexus being built everyday and people are moving on from the Cold War. The Olive tree represents our roots, anchors us, and identifies us. The Olive Tree also represents people fighting over who own what. That was the main thing in the beginning because it tells you what the title is all about. After that it goes into more detail about other things about globalization. It asks what a golden straightjacket it the golden straightjacket is an...

Words: 820 - Pages: 4

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...A Great Story I read the books A Child Called It, The Lost Boy, and A Man Named Dave. The reason I choose these books is because they are true stories which keeps me interested. From the beginning it had me hooked. I had to keep reading because I wanted to know what was going to happen next. I learned some things about these books but one thing stood out to me the most and that is how the legal system was very different back then than it is now. I believe Dave Pelzer is a very strong individual to be able to survive what he went through and I think it is great that he has become the person he is today. David James (Dave) Pelzer was born December 29th 1960 in San Francisco California. He is an American Author, best known for his 1995 memoir of childhood abuse, “A Child Called It”. Dave is born 3rd out of 5 boys. Dave wrote in his book that as a child, he was continually abused, mistreated, and beaten by his mother, who thought of it as a game. His teachers stepped in and on March 1973 Dave Pelzer was placed in foster care. He joined the Air Force in 1979 and later became an author. The book “A child called it” caused a dispute in his family, one of his brothers said it was not true, however his other brother who is an author wrote a book “A Brother’s Journey” which confirms Dave’s story. Dave has written two books, “A Child called it” and “The Lost Boy”, which is about his life after he was placed in foster care. Dave currently lives in a different state with...

Words: 949 - Pages: 4

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...Burroughs In this book there were many characters involved that had different parts. The main was Augusten, a young boy caught in the middle of a family falling apart. His mother Deidre who is a poet, she at times at has psychotic breakdowns. Other characters were Dr.Finch who is Deidre’s therapist which who later becomes augustens legal guardian. Neil Bookman, one of Dr Finches patient and also Augustens first lover who is much older then him. Also there is Natalie; she is one of Dr.Finch’s daughters. She and Augusten become best friends towards the end. Few other people in the book are Fern, Deidre’s first lover, Dorothy, Deidre’s second lover, and Hope the oldest daughter of Dr. Finch. This story takes place in Massachusetts, Augusten goes from living in a wonderful clean big home to living with the therapist in a rundown old Victorian home in Northampton, the house has no order what so ever, its far from being clean, Dr. Finch feels he doesn’t need to tell everyone living with him what they should do, which include his wife and children and a few of this patients. Augusten begins to live with the Finch family have the separation of his mother and father, she believes she well be unable to be good parent. He deals with many different things and learns a lot by leaving at the Finch residence. I’m not really sure how I felt about the book, it was interesting at points but I mainly read it because a friend told me I should and loaned me the book to read. There......

Words: 306 - Pages: 2

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...and are constructed from first hand research with a number of international cruise companies providing a real world insight into this industry. Each case study is followed by questions that are intended to illuminate issues and stimulate discussion. The structure of the book is designed so the reader can either build knowledge cumulatively for an in-depth knowledge of managerial practices and procedures onboard a cruise ship, or they can ‘dip in' and make use of specific material and case studies for use within a more generic hospitality or tourism learning context. * Comprehensive overview of hospitality services and operations written specifically for the cruise industry* Uses contemporary examples to illustrate the unique aspects of this industry providing a clear understanding of managing operations onboard * Flexible format enables readers to build knowledge cumulatively or jump in and make use of specific material within a hospitality or tourism learning context DOWNLOAD http://u.to/JevG4v http://bit.ly/1rEy8yv Hospitality and Tourism An Introduction to the Industry, , Nov 3, 2003, Business & Economics, 445 pages. CD-ROM contains files that correspond to each chapter of the book. These files include keywords with definitions, related websites, review questions and slides that highlight. GCE AS Travel and Tourism Double Award for Edexcel , Alan Marvell, 2006, Tourism, 352 pages. This is a collection of all the units you need to pass your......

Words: 4650 - Pages: 19

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...Men" by Bob Woodward and Carl Bernstein 10. "Angela's Ashes: A Memoir" by Frank McCourt 11. "Are You There, God? It's me, Margaret" by Judy Blume 12. "Bel Canto" by Ann Patchett 13. "Beloved" by Toni Morrison 14. "Born To Run: A Hidden Tribe, Superathletes, and the Greatest Race the World Has Never Seen" by Christopher McDougall 15. "Breath, Eyes, Memory" by Edwidge Danticat 16. "Catch-22" by Joseph Heller 17. "Charlie and the Chocolate Factory" by Roald Dahl 18. "Charlotte's Web" by E.B. White 19. "Cutting For Stone" by Abraham Verghese 20. "Daring Greatly: How the Courage to Be Vulnerable Transforms the Way We Live, Love, Parent, and Lead" by Brene Brown 21. "Diary of a Wimpy Kid, Book 1" by Jeff Kinney 22. "Dune" by Frank Herbert 23. "Fahrenheit 451" by Ray Bradbury 24. "Fear and Loathing in Las Vegas: A Savage Journey to the Heart of the American Dream" by Hunter S. Thompson 25. "Gone Girl" by Gillian Flynn 26. "Goodnight Moon" by Margaret Wise Brown 27. "Great Expectations" by Charles Dickens 28. "Guns, Germs, and Steel: The Fates of Human Societies" by Jared M. Diamond 29. "Harry Potter and the Sorcerer's Stone" by J.K. Rowling 30. "In Cold Blood" by Truman Capote 31. "Interpreter of Maladies" by Jhumpa Lahiri 32. "Invisible Man" by Ralph Ellison 33. "Jimmy Corrigan: Smartest Kid on Earth" by Chris Ware 34. "Kitchen Confidential" by Anthony......

Words: 890 - Pages: 4

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...to appreciate levels of significance. 2. Review literature on biodiversity and conservation. 3. Discuss how humans use artificial selection to create, for example, domesticated animals, different breeds of dogs, chickens that lay a lot of eggs, Barbados Blackbelly sheep, Jamaica Hope. RESOURCES Gaston, K. and Spicer, J. Biodiversity – An Introduction, 2nd Edition, United Kingdom: Blackwell Publishing, 2004. National Geographic Magazine Video and/or Television materials such as those found on the Discovery Channel Darwin_ online.org.uk Conservation International Website (http:// www.conservation.org) PBS Evolution website http://www.pbs.org/wgbh/evolution works on Darwin www.merlot.com www.nap.edu/readingriom/books/evolution98 teaching about evolution in the nature of science. CXC A10/U2/07 16 UNIT 1 MODULE 3: REPRODUCTIVE BIOLOGY GENERAL OBJECTIVES On completion of this Module, students should: 1. understand asexual reproduction and vegetative propagation; 2. understand sexual reproduction in the flowering plant; 3. understand sexual reproduction in humans. SPECIFIC OBJECTIVES 1. EXPLANATORY NOTES Ase x u a l R e p r o d u c t i o n a nd V e g e t a t i v e P r o p a g a t i o n Students should be able to: 1.1 explain the term asexual reproduction; 1.2 discuss the advantages and disadvantages of asexual reproduction; 1.3 explain the principles and the importance of vegetative......

Words: 11239 - Pages: 45

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...of electricity. It is these basic principles of game design that we cover in this book—design distilled down to its basic essence. Not surprisingly, many of today’s greatest game designers got their start playing and designing non-digital games, and some still use paper prototyping in their present-day designs. When thinking of game design, think in terms of the board game Go, a Chinese game thousands of years old (see Figure 1.2). It requires no computer programming or polygon models to play. Yet its rules, simple as they are, allow for a depth of strategy so great that it is still played heavily today. While many of the games enjoyed today may not be as popular as Go a thousand years from now, there is no reason why such a game could not be created. FIGURE 1.2 Go board. Image from the Wikipedia Commons Chapter 1 The Basics T YPES OF 5 D ESIGN Just as there are many types of games, there are many types of game design, too. World design is the creation of the overall backstory, setting, and theme of the game. While it’s generally performed by the lead or sole designer, it often determines the scope of the other design tasks listed below. System design is the creation of rules and underlying mathematical patterns in a game. This is the only game design task that is common to all games, because all games have rules. Therefore, most of the challenges in this book involve system design. In particular, Chapters 2, 5, 6, 7 and 8 give a......

Words: 111961 - Pages: 448

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Books

...person who reads has had a chance to do each of them, and lots more, because when you read a book, you don’t just read it, you live it, you imagine yourself as the character of the book, you see yourself dealing with every situation that the character deals with and THAT EXACTLY is the magic of reading. Kristin Martz once said, “We lose ourselves in books. We find ourselves there too.” Now, the first question that might pop into your head is, “Why should I lose myself in a book when I can easily lose myself in my phone or computer?” The answer is that you might be able to lose yourself in your gadget but you won’t find yourself there. Books can make you imagine so much more, they can enhance your vocabulary, develop your personality and most important they can make you gizmos. Books think out of the little box which you are confined to because of your gadgets and will not only help you with your linguistic abilities but also with your communication skills. Conversations will always be interesting if you can talk well and that can only happen if you are well read. Books have a way to speak to you, in ways no one and nothing else can. They are the best remedy to boredom, to escape reality, to live a life which will be way more than interesting than your own. So, today, on the occasion of the world book day, I want to take the opportunity to urge all of you to just simply read. Go grab a book and lose yourself to it and I can vouch for it that exactly where you lost yourself,......

Words: 435 - Pages: 2

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...FAHRENHEIT 451 by Ray Bradbury This one, with gratitude, is for DON CONGDON. FAHRENHEIT 451: The temperature at which book-paper catches fire and burns PART I IT WAS A PLEASURE TO BURN IT was a special pleasure to see things eaten, to see things blackened and changed. With the brass nozzle in his fists, with this great python spitting its venomous kerosene upon the world, the blood pounded in his head, and his hands were the hands of some amazing conductor playing all the symphonies of blazing and burning to bring down the tatters and charcoal ruins of history. With his symbolic helmet numbered 451 on his stolid head, and his eyes all orange flame with the thought of what came next, he flicked the igniter and the house jumped up in a gorging fire that burned the evening sky red and yellow and black. He strode in a swarm of fireflies. He wanted above all, like the old joke, to shove a marshmallow on a stick in the furnace, while the flapping pigeon-winged books died on the porch and lawn of the house. While the books went up in sparkling whirls and blew away on a wind turned dark with burning. Montag grinned the fierce grin of all men singed and driven back by flame. He knew that when he returned to the firehouse, he might wink at himself, a minstrel man, burntcorked, in the mirror. Later, going to sleep, he would feel the fiery smile still gripped by his face muscles, in the dark. It never went away, that. smile, it never ever went away, as long as......

Words: 46160 - Pages: 185

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Of Books

...Dansdill February 20, 2012 Of Books Books either encompass my thinking or they stretch the limits of my imagination. Some of the most inspiring books are those which capture life, as I know it down to every specific detail. These books are similar to watching an HD TV; every detail is just so pronounced and accurate. Books that resemble this beautiful real life portrayal could be like J.D. Salinger’s Catcher in The Rye. Every emotion that Salinger delineates through his characterization of Holden Caulfield is so potent that those details resonate even more for someone dealing with a similar internal struggle. When I read the book at 15, every sensory detail that Salinger described helped better illuminate part of my own internal struggle. The over exaggeration of the resentment of society as being in genuine really captured my own internal resentment for molds that people contrive themselves to fit. The one scene with Caulfield sitting in the bathtub depressed after refusing sex from a hooker will always be infused into my constant sub consciousness. When I just feel worn out and pushed to my emotional limit, I see that image burned bright into my memory because that scene is the ultimate depiction of frustration and stress. Although, this style of writing may be beautiful, sometimes it is nice to escape the hyperrealism captured in a book like Catcher in The Rye, and instead read something that expands the mind’s imagination. The contrary to the book that affirms one’s......

Words: 1553 - Pages: 7